city:compiègne

  • La « colère Internet ». Et si les révolutions étaient désormais algorithmiques ? | Mais où va le Web
    http://maisouvaleweb.fr/colere-internet-revolutions-etaient-desormais-algorithmiques

    Clément Mabi (@C_Mabi), maître de conférences à l’UTC de Compiègne, spécialiste des questions d’expérimentation démocratique, de participation citoyenne et de culture numérique, interroge dans ce texte le rôle d’Internet dans l’émergence et la structuration des mouvements politiques récents. Là où nous posons trop souvent un regard binaire sur Internet, le jugeant coup à coup favorable à la démocratie, ou encourageant des visées populistes, son propos opte pour une remise en contexte sociale de l’usage des technologies qui permet de dépasser cette dichotomie trop stricte. Il défend qu’Internet n’est pas stricto sensu une représentation fidèle du monde social, mais plutôt son miroir déformant qu’il convient d’étudier sous différents angles avant de se laisser aller à des jugements hâtifs et englobants.

    Culture numérique
    La « colère Internet ». Et si les révolutions étaient désormais algorithmiques ?

    Ce que je propose dans cet article est d’éviter d’avoir une lecture binaire du rôle politique de l’internet en faisant un pas de côté pour rappeler qu’internet est un prisme déformant de la réalité sociale, que la médiation qu’il engage tronque notre vision du monde et que certains sujets épousent plus ou moins bien les caractéristiques sociotechniques d’internet, s’approprient plus ou moins les règles de visibilité. Autrement dit, je pense que les « colères internet » seraient celles qui ont réussi à s’adapter aux contraintes sociotechniques de la communication en contexte numérique et à passer la barrière du tri algorithmique imposé par le web. Approcher le problème de cette manière devra me permettre de remettre les technologies à leur place et d’insister sur le fait qu’elles ne peuvent assumer à elles seules la responsabilité des tensions sociales et politiques que nous connaissons.

    Dans ce bouillonnement, l’autorité d’un argument se construit désormais moins par le statut du locuteur que dans sa capacité à convaincre la communauté. Les arguments qui circulent le plus largement sont ceux qui ont réussi à trouver « leurs publics » de manière horizontale, de groupe en groupe. Les contenus qui vont le plus facilement circuler dans cet espace public seront donc ceux qui vont réussir à « toucher » les gens, à faire appel à leurs émotions et à leurs affects de manière à encourager une analyse subjective des contenus : c’est parce qu’un contenu prend sens dans ma réalité vécue que je le repartage et qu’il peut rendre compte de mon ressenti.

    L’analyse du sociologue Martin Gurri s’appuie sur ce contexte sociotechnique pour montrer que le développement des réseaux sociaux contribue à la fois à l’affaiblissement des autorités traditionnelles et à l’agrégation des colères populaires[5]. Du fait de ces bulles de filtres, les citoyens chercheraient de moins en moins à s’informer auprès des experts et préfèrent récolter du contenu auprès de ceux qui font écho à leur colère, qui en sort renforcée. Il évoque ainsi une « cinquième vague » de diffusion de l’information, après les médias de masse, qui via les réseaux sociaux permet aux communautés d’échanger et de s’informer directement entre elles. Stéphania Milan parle elle de « cloud protesting » pour rappeler l’épaisseur algorithmique de l’action collective, qui se retrouve reconfigurée dans une logique de « politique de visibilité » qui en découle[6]. Son travail empirique cherche à montrer combien les usages des technologies numériques, leurs imaginaires et leurs représentations (réunis au sein du concept de cloud) ont contribué à façonner les discours produits sur des mouvements sociaux récents (à l’image –une nouvelle fois- des Printemps Arabe), leurs organisations et la manière dont leurs membres se sont perçus entre eux.

    On constate que les « colères Internet » qui obtiennent le plus de visibilité sont celles qui parviennent le mieux à utiliser la force des émotions des sujets pour toucher leurs publics tout en mobilisant des réseaux organisés pour optimiser la circulation des messages et ainsi réussir à exploiter la force de frappe de l’internet. Loin d’éclater les organisations, l’espace public numérique semble récompenser les collectifs les mieux structurés qui contribuent à faire monter artificiellement leurs contenus .

    #Clément_Mabi #Internet_citoyen #Mobilisation #Extrême_droite #Faschosphère #Révolutions_internet #Empowerment

  • « La France, pays du chômage de masse, devient le pays de l’embauche », Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/04/12/la-france-pays-du-chomage-de-masse-devient-le-pays-de-l-embauche_5449168_323

    Pertes & profits. Nous l’avons tous remarqué, depuis quelques mois, de petits cartons discrets fleurissent dans les magasins, à l’entrée des usines ou des chantiers : employés demandés. Comme au bon vieux temps, la France, pays du chômage de masse, devient, d’un coup, le pays de l’embauche. Au vu de la formidable enquête 2019 de Pôle emploi sur les besoins de main-d’œuvre, l’entreprise France pourrait apposer un panneau géant devant sa porte : ici, on recrute un million d’employés dans les services aux particuliers, 700 000 dans les services aux entreprises, 325 000 dans le commerce, 178 000 dans la construction… Et même les secteurs moribonds cherchent des bras : 240 000 postes sont à pourvoir dans l’industrie et 250 000 dans l’agriculture !

    On ne sait pas si, comme l’a suggéré, en 2018, Emmanuel Macron, il suffit de traverser la rue pour trouver un job, mais le fait est que l’emploi est là. Et dans tous les domaines. La liste des métiers les plus recherchés par les entreprises en 2019 laisse rêveur : viticulteur, agent d’entretien, serveur, animateur socioculturel, aide ménagère, artiste, cuisinier, informaticien... Il y en a pour tous les goûts et toutes les compétences. Sachant que du côté des cadres (à partir de bac + 3), on approche le plein-emploi depuis plus d’un an.

    Problèmes de pénibilité, d’image du métier et de l’entreprise

    Cette embellie est spectaculaire. On n’avait pas vu un tel engouement depuis les années fastes 2006-2008, quand le taux de chômage était descendu aux alentours de 7 %. Il s’explique par la combinaison du retour de la croissance et de cinq ans de mesures en faveur des entreprises, tant sur le plan financier que social.

    Mais la résorption forte du chômage, qui est passé, en 2018, sous la barre des 9 %, n’est pas encore assurée. Car la face sombre de l’étude de Pôle emploi révèle une accentuation forte des difficultés d’embauche. Les entreprises prévoient 2,7 millions de recrutements cette année, mais une sur deux reconnaît que ce sera difficile, tant elles ont du mal à trouver le bon candidat. Dans certains métiers, comme les couvreurs, les charpentiers, les carrossiers, les mécaniciens auto ou les aides à domicile, plus de 80 % des employeurs interrogés peinent à recruter. Score presque identique du côté des chauffeurs routiers, des électriciens ou des plombiers. Depuis 2016, ce phénomène de pénurie s’amplifie et devient un vrai facteur de blocage. Dans la construction, les deux tiers des sociétés sont en difficulté de recrutement.

    Bien sûr, l’éternel problème de la formation refait surface, ainsi que le manque d’expérience. Mais d’autres critères apparaissent, tout aussi délicats à résoudre. Une entreprise sur trois reconnaît que la pénibilité, la difficulté d’accès au travail et l’image du métier ou de l’entreprise sont un frein à la motivation des candidats. Pas étonnant que des métiers pénibles et mal payés comme les aides soignantes, les chauffeurs routiers et les manutentionnaires n’attirent pas les foules et remplissent les ronds points de « gilets jaunes ». Car, ce que révèlent ces chiffres, c’est aussi une mutation de la France à la fois dans sa réalité postindustrielle et dans sa culture face au travail. Les métiers physiques n’attirent plus, quand les autres, ceux en bas de l’échelle, deviennent des trappes à solitude. Poser un écriteau à l’entrée de l’usine ou du restaurant ne suffit plus.

    Mauvaise image, conditions difficiles... Ces secteurs qui peinent à attirer des étudiants, Eric Nunès
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/02/16/mauvaise-image-conditions-difficiles-ces-secteurs-qui-peinent-a-attirer-des-

    Certaines formations courtes post-bac peinent à attirer des jeunes, en particulier dans le domaine de l’industrie.

    Gilet jaune ou orange sur le dos, ni le froid glaçant ni l’heure matinale ne les ont dissuadés de se retrouver, ce petit matin de janvier, sur le parking de Promeo, à Compiègne (Oise). Ils sont une douzaine de jeunes gens à taper des pieds pour faire circuler le sang. Il n’y a pas de pancarte, pas de slogan, et pas davantage de CRS. Face à eux, deux enseignants, un camion et quelques chariots élévateurs.
    Savoir conduire ce type d’engin et obtenir un certificat d’aptitude à la conduite et à la sécurité (CACES) est une des compétences enseignées par ce centre de formation en alternance de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM). Ici, on répond aux besoins de l’industrie en matière de savoir-faire : usinage des pièces, chaudronnerie, maintenance de la chaîne de production… Sans oublier tous les métiers transversaux : comptabilité, vente, transports.

    Déficit de compétences

    Peu de chômage chez les futurs titulaires d’un brevet de technicien supérieur (BTS) ou d’une licence pro du secteur. « Nous sommes à 93 % d’insertion en entreprise à l’issue de la formation », annonce Carole Marigault, directrice générale du centre compiégnois. Les diplômés de l’industrie n’ont même pas à « traverser la rue » pour trouver un emploi, pour reprendre la formule lancée par Emmanuel Macron à un chômeur. « La métallurgie a 110 000 recrutements à faire par an, et ce chaque année jusqu’en 2025 », estime Hubert Mongon, délégué général de l’UIMM.

    En janvier, le chômage en France a connu une sensible décrue. Le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi sans aucune activité a baissé de 1,1 % au cours du dernier trimestre 2018. Il atteint tout de même le total de 3 676 000 individus. De plus en plus de projets d’embauche sont jugés « difficiles » par les entreprises, constate Pôle emploi. En 2018, 44,4 % des recrutements se font dans des secteurs dits « en tension », du fait notamment d’un déficit de compétences. Alors que les emplois sont là, les candidats qualifiés manquent.
    Plusieurs secteurs ont été identifiés par l’établissement public. Les métiers de la santé réclament des diplômés à bac + 2 ou bac + 3 dans les domaines de l’appareillage ou de la préparation médicale. Et dans les nouvelles technologies, les entreprises peinent à recruter des programmateurs, des techniciens de maintenance…

    Réputation de précarité

    Idem pour l’hôtellerie et la restauration. « Il y a dans nos métiers plus de 100 000 emplois à pourvoir », constate Jean-Luc Michaud, président de l’Institut français du tourisme, un observatoire du secteur. Mais c’est bien dans la métallurgie que la tension est la plus forte : 67 % des recrutements y sont « difficiles », selon les employeurs cités par Pôle emploi.

    Principale cause du manque de candidatures pour ces formations et leurs métiers : « le déficit d’attractivité », pointe l’établissement public. Dans l’hôtellerie-restauration, les emplois souffrent ainsi d’une réputation de précarité, en raison de la saisonnalité, des horaires décalés et de la faible qualification. « C’est une vision totalement erronée des métiers d’accueil, tempête Jean-Luc Michaud. Par exemple, un réceptionniste doit être un expert dans la relation client, maîtriser plusieurs langues et connaître parfaitement l’usage des outils numériques. Il doit au moins être titulaire d’une licence pro. »

    Le tourisme, « c’est 7 % du PIB, deux fois plus que l’automobile, et pour des emplois non délocalisables », aime à répéter Lionel Walker, délégué général de la Conférence des formations d’excellence au tourisme. C’est également 437 formations postbac disséminées sur l’ensemble du territoire. « Mais le secteur manque de visibilité, concède Lionel Walker. Au moment des choix d’orientation des lycéens, le tourisme subit une vision très éloignée de la réalité qu’ont les responsables d’orientation et les familles. »

    Désaffection de l’alternance

    L’image dévalorisée de l’apprentissage en France est également un des facteurs de la désaffection des formations en alternance. Alors que des milliers de lycéens ont passé l’été 2018 aux portes des universités ou des classes préparatoires en espérant qu’une place se libère, « certains de nos BTS ne sont pas pleins », constate Carole Marigault. Pourtant, le taux d’employabilité dépasse les 90 % six mois après l’obtention du diplôme, et le coût de la formation est nul pour l’étudiant. Au printemps 2018, quinze places étaient disponibles au sein du BTS conception des processus de réalisation de produit, mais seulement 8 candidatures ont été posées et 5 retenues. Paradoxe : alors que le secteur peine à recruter des étudiants, le ministère de l’éducation nationale souligne pour sa part que « les bacheliers des filières professionnelles et technologiques sont trop souvent évincés des formations auxquelles ils sont nombreux à aspirer : les sections de technicien supérieur et les instituts universitaires de technologie ».

    « Les filières des métiers de l’industrie sont peu connues par les élèves de terminale, reconnaît également Marie-Hélène Garcia, responsable du pôle alternance et formation initiale chez Campus Veolia Seine et Nord. Pourtant, un BTS métiers de l’eau ouvre à de belles carrières, d’importantes responsabilités et la possibilité de s’ouvrir à l’international. » L’industrie serait victime d’une image obsolète, « celle d’un travail à la chaîne, répétitif et polluant, loin de la réalité de la vie d’une usine moderne », poursuit Carole Marigault. Dans les faits les métiers de l’usinage ont profondément évolué, mais ils demeurent en tension. Les machines sont aujourd’hui de très haute technologie, conduites grâce à des tableaux de bord compliqués qui demandent une formation poussée.

    Sentiment d’échec

    Plus de dix ans après la crise, les fortes pertes d’emploi dans l’industrie n’ont pas été anticipées. « Alors que les carnets de commandes se remplissent, il y a urgence à restaurer l’attractivité et l’image des filières professionnelles dans le regard des lycéens », déclare Hubert Mongon. Carole Maringault abonde : « Nos difficultés de recrutement sont notamment liées à la régression du nombre de bacs pro dans nos filières. Ils ne constituent plus le vivier nécessaire pour remplir nos BTS. » Changer le regard des enseignants du secondaire, des conseillers d’orientation et des familles est un enjeu considérable pour toutes ces filières.

    Pour mesurer le travail qu’il reste à réaliser, la parole des intéressés est révélatrice. Interrogés sur leur parcours, plusieurs bacheliers pro, aujourd’hui élèves d’un BTS en maintenance industrielle, avouent avoir souffert du mépris « des bacs généraux » quand ils ont rejoint la voie professionnelle. Quand Damien Kluck, ancien élève de première S, a été réorienté en filière pro, il dit qu’il s’est « perdu ». Un sentiment d’échec avant même de commencer l’apprentissage. « Les autres lycéens nous jugeaient. Mais nous, on apprend un métier, défend Baptiste Padieu. Les bacs pro sont l’objet de plein de préjugés, comme s’ils étaient inférieurs. Alors que nous apprenons simplement des choses différentes. »

    #emploi #chômage #salaire

  • #Parcoursup. Pourquoi faut-il payer pour faire certains vœux de formation ?
    https://www.ouest-france.fr/education/etudiant/parcoursup/parcoursup-pourquoi-faut-il-payer-pour-faire-certains-voeux-de-formatio

    Elle épaule sa fille, en terminale S, dans ses démarches sur la plateforme Parcoursup et ne s’attendait pas à débourser de telles sommes. Certes, les élèves boursiers en sont exonérés, mais ce n’est pas son cas… 37 € multipliés par dix vœux, cela fait un budget. Et encore, si elle se borne aux écoles nationales d’architecture publiques. « L’université technologique de Compiègne demande 95 €. Du coup, ma fille n’a pas émis de vœu. » Car la lycéenne n’a aucune garantie d’être retenue.

  • Des violences policières aux violences judiciaires, par Raphaël Kempf (Le Monde diplomatique, février 2019)
    https://www.monde-diplomatique.fr/2019/02/KEMPF/59541

    n visite à Carcassonne, le 14 janvier dernier, M. Christophe Castaner surjoue son rôle de ministre de l’intérieur : « Moi, je ne connais aucun policier, aucun gendarme qui ait attaqué des “gilets jaunes” ; par contre, je connais des policiers et des gendarmes qui utilisent des moyens de défense. » La phrase arrache à M. Antonio Barbet un éclat de rire. Âgé de 40 ans, il habite près de Compiègne, dans l’Oise, où il occupait il y a encore deux mois un poste de chargé de clientèle intérimaire rémunéré au salaire minimum. Présent sur les ronds-points dès le début du mouvement des « gilets jaunes », il a manifesté pour la première fois à Paris le 24 novembre 2018. En fin d’après-midi, dans une rue alors calme à proximité des Champs-Élysées, les forces de l’ordre lancent une arme, très probablement une grenade lacrymogène de type GLI-F4. L’engin explose sur le pied de M. Barbet. Deux mois plus tard, il se déplace toujours avec des béquilles, et son contrat d’intérim n’a pas été renouvelé.

    Journaliste indépendant, David Dufresne recense de façon méthodique, sur Twitter, les violences policières subies par les « gilets jaunes » depuis le début du mouvement. Le 19 janvier, au soir de l’acte X, il en avait déjà comptabilisé plus de 330, images à l’appui. Dans un ouvrage sur le maintien de l’ordre paru en 2007 , il rappelait les mots du ministre de l’intérieur Dominique de Villepin (2004-2005) à propos de la doctrine hexagonale consistant à tenir les manifestants à distance : « Cette vision de l’ordre public fait partie du génie français. » Une décennie plus tard, des chercheurs dénoncent le « splendide isolement » d’un maintien de l’ordre désormais tourné vers l’action répressive et sourd aux méthodes de dialogue et de désescalade mises en œuvre dans d’autres pays européens.

    #maintien_de_l'ordre

  • « Cela va vraiment être très violent » : des agents de Pôle emploi réagissent aux sanctions contre les chômeurs
    https://www.bastamag.net/Cela-va-vraiment-etre-tres-violent-des-agents-de-Pole-emploi-reagissent-au

    La loi sur « la liberté du choix de son avenir professionnel » (sic), votée en septembre dernier, avait prévenu : les contrôles sur les chômeurs allaient se durcir. Mais personne ne s’attendait à ce que les sanctions prévues contre les demandeurs d’emplois soient si rudes, y compris les agents de Pôle emploi. Annoncées fin décembre par un décret publié au journal officiel, ces sanctions prévoient de rogner, voire de supprimer les indemnités chômage pour des rendez-vous manqués, des offres d’emploi refusées, (...)

    #Résister

    / #Transformer_le_travail, #Protections_sociales, #Inégalités, #Ma_vie_au_travail, Quel avenir pour nos protections sociales ?, A la (...)

    #Quel_avenir_pour_nos_protections_sociales_ ?

  • Ces suicides à répétition que la SNCF ne veut pas voir
    https://www.mediapart.fr/journal/france/100119/ces-suicides-repetition-que-la-sncf-ne-veut-pas-voir

    Chercheurs, professionnels de santé, syndicats, cheminotes et cheminots ont tiré maintes fois l’alarme, pour obliger l’entreprise à se regarder en face. La #SNCF a encore connu en 2018 une série de #suicides qui interrogent sur la profonde mutation que vit le groupe ferroviaire public. Pour nombre d’agents, il s’agit d’un changement à « marche forcée ».

    Le 21 mai 2018, Julien Pieraut, cheminot de 26 ans, se jette sous un train. Le 5 octobre, un cadre âgé de 51 ans se lance du sixième étage d’une tour SNCF, à Lyon. À Nîmes, le même mois, une agente tente de mettre fin à ses jours, depuis le troisième étage de son lieu de #travail. Le 16 octobre, un cheminot de 35 ans se jette à son tour sous le TGV du matin, le premier à partir de la gare de Marseille-Saint-Charles pour relier Paris. Il y a un an, un cadre s’était déjà suicidé à Marseille, provoquant un émoi énorme dans l’établissement. Et le 21 novembre dernier, un conducteur de Charleville-Mézières meurt en se plaçant devant un train, au tout petit matin.

    Le décompte est macabre, mais partiel. Pour établir cette liste de suicides récents à la SNCF, Mediapart a dû additionner des alertes syndicales qui lui sont parvenues, des brèves à la rubrique faits divers dans les journaux régionaux, ou encore des cas évoqués spontanément au cours d’entretiens.

    Les suicides se sont multipliés ces dernières années à la SNCF, sur les « emprises ferroviaires ». © Reuters Les suicides se sont multipliés ces dernières années à la SNCF, sur les « emprises ferroviaires ». © Reuters

    Pour l’année 2017, le syndicat CGT, majoritaire dans l’entreprise, avait estimé à 57 le nombre de suicides d’agents sur les « emprises ferroviaires » (les voies, gares et bureaux de l’entreprise). Un chiffre qui correspond à peu près aux relevés de Sud Rail (3e force syndicale), qui estime qu’une cinquantaine de suicides de cheminots sont commis chaque année à la SNCF.

    Au plus fort de la crise qu’a traversée France Télécom, autre géant public privatisé au début des années 2000 dans un processus proche de celui que vit aujourd’hui la SNCF, une soixantaine de salariés se sont donné la mort entre 2006 et 2009. « Nous sommes nombreux à nous poser la question, confie un conducteur de train à Charleville-Mézières. Pourquoi on ne parle pas de ça chez nous ? » De nombreux chercheurs, professionnels de santé, auteurs de rapports, ont pourtant tiré la sonnette d’alarme, à l’extérieur et à l’intérieur de l’entreprise, comme l’a établi Mediapart durant cette enquête. Sans pour autant provoquer l’électrochoc désiré.

    La SNCF refuse de communiquer un quelconque chiffre sur le sujet, préférant mettre en garde le média qui l’interroge, citant l’Organisation mondiale de la santé, qui avertit les journaux quant au « risque d’imitation » (voir le détail en boîte noire) : « Sans vouloir en aucune manière empiéter sur votre légitime et nécessaire liberté de journaliste (…), nous a répondu la direction, il existe une responsabilité certaine pour les professionnels des médias à faire preuve de prudence pour trouver, au moment de traiter du suicide, un juste équilibre entre des impératifs tels que le “droit du public à l’information” et le risque d’imitation. » En 2009, Didier Lombard, PDG de France Télécom, avait qualifié les drames à répétition qui se jouaient dans son entreprise de « mode », avant de s’excuser.

    En interne, la direction de la SNCF fait preuve de la même réserve. En 2011, elle avait accepté après moult demandes de communiquer aux syndicats ses chiffres des années précédentes : officiellement, il y a donc eu trois cas de suicide en 2007, deux cas en 2008 dont un sur les emprises, sept cas en 2009 dont deux dans les emprises. Le décompte s’emballe ensuite : 19 cas en 2010, dont quatre sur le territoire SNCF, et neuf suicides d’agents pour le premier semestre 2011.

    Cette année-là, et sans explication à propos de l’augmentation particulièrement significative à partir de 2010, la direction referme le couvercle sur son recensement et refuse depuis de communiquer ses chiffres. En 2013, le PDG Guillaume Pepy, en poste depuis 2008, directement interpellé sur le risque suicidaire chez les agents, donne sa version de ce silence dans un courrier adressé aux syndicats, qui réclament des informations plus complètes : « La médiatisation que vous cherchez à donner systématiquement à ces drames constitue pour eux [pour les familles et les proches – ndlr] une épreuve supplémentaire que vous pourriez leur épargner. »

    Jean-René Délépine, administrateur de SNCF Réseau sous les couleurs de Sud Rail, n’en démord pas. « En conseil d’administration, nous avons posé maintes fois la question, sans préjuger évidemment de la responsabilité du travail dans tous les cas de suicide. Mais simplement, combien y en a-t-il ? Si nos chiffres sont faux, corrigez-nous ! La direction refuse de répondre. »

    Comment procèdent alors les syndicats ? En s’appuyant sur les communications internes, les signalements des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) disséminés à travers la France, et même, le cas échéant, sur des articles dans la presse locale. L’information consentie aux 150 000 cheminots est cependant traitée avec plus ou moins de rigueur selon les lieux des passages à l’acte, ce qui complique singulièrement la tâche.

    Les syndicats eux-mêmes, bien souvent, ne sont pas très à l’aise avec la question. « Il y a ce cadenas extraordinaire de la SNCF, mais aussi des postures syndicales, les difficultés personnelles des militants, des compétences aussi, qui font qu’on n’arrive pas à faire décoller cette histoire de suicides ni à se la réapproprier collectivement », estime Jean-René Délépine. « Les syndicats, les militants qui vivent ces situations sont traditionnellement formés à la lutte collective contre les patrons, pas forcément pour être à l’écoute de la souffrance personnelle d’un collègue », rappelle Vincent de Gaulejac, sociologue, auteur entre autres du livre Travail, les raisons de la colère.

    Concernant le suicide de Laurent, le 21 novembre à Charleville-Mézières, les syndicats estiment que la SNCF a fait correctement son travail : « Nous avons été avertis, ils ont même permis aux agents qui travaillaient d’aller aux funérailles », explique Sud Rail à Reims. A contrario, « le 16 octobre 2018, à Marseille, la SNCF n’a carrément pas communiqué du tout sur le suicide de notre collègue de l’équipement, raconte François Tejedor, secrétaire général des cheminots CGT en Paca. La direction aurait normalement dû mettre en place une cellule de crise, au moins pour ses proches collègues qui travaillaient avec lui. On ne sait même pas si sa famille a été reçue… Il y a beaucoup de zones d’ombre. » D’après nos informations, une enquête interne a bien été ouverte, mais à Paris, sans le concours des élus locaux.

    Selon une psychologue de la SNCF (la société possède son propre service de santé au travail), qui témoigne sous le couvert de l’anonymat, l’estimation de cinquante suicides par an correspond peu ou prou à ses observations au contact des agents. « J’entends parler de suicide ou de tentative de suicide quatre ou cinq fois par mois. Mais il y a un déni général de ce sujet par tous les dirigeants. On ne compte plus, c’est disséminé, du coup on reste dans le flou et ça arrange tout le monde. »

    Michel Lejoyeux, professeur en psychiatrie à l’hôpital Bichat à Paris, est détaché un jour par semaine à la direction de la cellule psychopathologique à la SNCF. Lorsque nous l’interrogeons, début novembre 2018, il ne sait pas que deux suicides mortels et une tentative de suicide ont eu lieu dans l’entreprise au cours du mois écoulé. « Je comprends votre surprise, mais notre objectif c’est d’être dans la prévention, dans le repérage de pathologie psychiatrique, argumente le médecin. Le nombre de suicides est un indicateur, mais cet indicateur, je ne l’ai pas aujourd’hui. »

    Au-delà du décompte, la responsabilité du travail, de son organisation et du management de la SNCF dans ces passages à l’acte semble taboue. Joël et Valérie Pieraut, respectivement le père et la belle-mère de Julien, décédé en mai 2018, en font les frais. Ils s’indignent du peu de réponses qu’ils obtiennent de l’entreprise ferroviaire, au sujet de la mort de leur fils, cheminot pendant huit ans.

    La délibération sur l’ouverture d’une enquête CHSCT, après le suicide de Julien, signée par les élus syndicaux comme la direction, mentionne explicitement que « le rapport d’enquête pourra être transmis à la famille de Julien Pieraut si celle-ci en fait la demande ». Les ressources humaines du technicentre est-européen en Île-de-France, où travaillait Julien, refusent désormais de communiquer les éléments de l’enquête « en dehors de l’entreprise ». Ils ont néanmoins proposé aux parents de venir consulter le rapport dans leurs bureaux, ce que la famille a refusé, s’en tenant à la promesse initiale.

    « Quand je m’adressais par mail au directeur des ressources humaines, pour connaître les horaires de Julien la semaine du suicide par exemple, j’avais une réaction rapide, très gentille. Mais depuis que l’on insiste lourdement pour avoir ce rapport, c’est silence radio », raconte Valérie Pieraut, la belle-mère de Julien. La demande de reconnaissance de la famille en accident du travail, faite auprès de la caisse de prévoyance et de retraite du personnel SNCF, a été rejetée, sans justification. La famille a déposé un recours.

    Si sa famille concède des difficultés personnelles et amoureuses, elle pointe aussi l’intense souffrance au travail que vivait Julien et, par ricochet, la peine immense de sa famille aujourd’hui. Le jeune homme, « un mec tout gentil, timide même, qui ne faisait pas beaucoup de bruit », selon ses collègues, endurait près de trois heures de transport quotidiennement pour relier Chauny, dans l’Aisne, et Pantin, en Seine-Saint-Denis. Toutes ses demandes de mutation ont été refusées, tout comme ses demandes de logement en région parisienne, afin de se rapprocher de son poste de travail.

    Quelques mois avant sa mort, la direction lui impose le passage en 3 × 8, des horaires décalés en plus des week-ends d’astreinte, ce qui désole le jeune homme. « Il disait qu’il n’en pouvait plus, il a développé une telle phobie des transports qu’il a fallu un jour aller le chercher à Compiègne, il n’était plus capable de rouler jusqu’à Paris nord, détaille sa belle-mère. Je l’ai déjà vu vomir au cours d’un trajet. »

    Suivi par un psychiatre depuis juillet 2017, Julien a vu ses arrêts maladie se multiplier, et grever ses fiches de paye. « J’ai su que la SNCF lui faisait des salaires à trois chiffres seulement, c’est inhumain… Même dans le privé on ne fait pas ça », tonne son père, ancien cadre. Plusieurs salariés ont confirmé à Mediapart le contrôle très assidu que la sécurité sociale de la SNCF maintient sur ses agents en arrêt de travail. « Jusque très récemment, même pour une gastro, on avait une visite… », explique un salarié.

    Julien Pieraut a confié à ses proches qu’il souhaitait quitter l’entreprise, et avait même commencé à préparer son CV. Le 21 mai, jour de la Pentecôte, il se lève pour aller au travail, s’arrête au passage à niveau de Condren, gare sa voiture et se couche face contre terre. « Je ne veux pas qu’il parte comme ça et qu’on l’oublie, souligne son père, très meurtri. Si nous n’arrivons pas à avoir ce rapport, automatiquement il y aura un dépôt de plainte au procureur. Et si le rapport est alarmant, il y aura une suite. Nous pensons aussi à ses collègues, il ne faut plus que ces choses-là arrivent. »

    La direction tient dur comme fer à l’idée qu’un suicide ayant des causes multiples, tout autant personnelles que professionnelles, il est donc quasiment impossible de faire le tri. Guillaume Pepy, en 2013, présente dans le courrier aux syndicats évoqué plus haut ce qui semble effectivement être la doctrine de l’entreprise : « Cette question du lien entre le travail et les démarches suicidaires est extrêmement délicate car de tels actes résultent d’un faisceau de causes entremêlées, où vie personnelle et vie professionnelle se confondent. » Pour la direction, « il n’y a une seule et unique donnée indiscutable, pour qu’un suicide soit effectivement considéré en lien avec l’environnement de travail : son classement en “accident du travail” par la caisse d’assurance maladie des cheminots après enquête demandée par l’officier de police judiciaire ou la famille ».

    L’assurance maladie, la caisse des salariés au régime général, reconnaît entre dix et trente cas de suicides en accident du travail en moyenne chaque année. Mais la SNCF dispose de sa propre caisse pour son personnel. La direction ne nous a pas répondu sur ce point précis, mais les syndicats estiment que moins d’une dizaine de suicides ont été reconnus comme accident du travail par la caisse de prévoyance et de retraite (CPR) depuis une dizaine d’années. « À chaque fois, c’est un parcours du combattant : la CPR refuse le classement sans dire pourquoi, nous sommes obligés de multiplier les recours pour finalement aboutir devant le tribunal des affaires sociales, détaille Jean-René Délépine. Mais quand l’agent est décédé et que l’on traite avec la famille, ce n’est pas évident, elle est vite découragée, en pleine période de deuil, et c’est aussi très lourd à porter pour les militants syndicaux qui les accompagnent. Cette technique de refus systématique porte donc ses fruits. »

    Nathalie Bonnet, cheminote, siégeait jusqu’au mois de novembre 2018 au sein du conseil d’administration paritaire de la CPR, au nom de Sud Rail, à Marseille. Au sein de ce conseil, chargé de trancher les litiges, la direction a une voix prépondérante si aucun accord n’est trouvé en première instance. « Les refus sont quasi systématiques, tout comme pour les cas de dépression ou de harcèlement moral. »

    Didier Fontaine, qui a lui aussi longtemps siégé à la CPR, fait le même diagnostic. « La direction considère qu’elle ne peut reconnaître un accident de travail ou de trajet que s’il y a des témoins. Pour les suicides, c’est évidemment problématique, même si le faisceau de témoignages pourrait inverser la tendance et que le suicide a eu lieu sur le lieu de travail. » De fait, l’un des rares cas à avoir été reconnus ces dernières années concerne un cheminot de la SUGE (service de la sûreté ferroviaire), qui s’est suicidé en utilisant son arme de service.

    En septembre 2017, une collègue de Sébastien Chatillon s’est allongée sur les rails du chemin de fer, dans une gare de Seine-et-Marne. « J’ai été appelé deux heures après les faits par la direction, se rappelle le syndicaliste, on nous a dit immédiatement que c’était un chagrin d’amour. J’ai trouvé ça curieux de l’annoncer tel quel, si vite. L’enquête du CHSCT a été bloquée par la direction. La demande de reconnaissance en accident de trajet a été rejetée par la Caisse de prévoyance et de retraite (CPR). La famille n’a pas fait les démarches, ça s’est arrêté là. » Et pourtant, des liens de « causalités » avec le travail, estime Sébastien Chatillon, auraient pu être examinés : « Nous venions de subir l’une des plus grosses restructurations qu’on ait connue, son poste avait changé d’horaire, cela nous semblait légitime de mener une enquête correcte pour savoir ce qui pouvait avoir un rapport avec le travail. »

    En 2009, dans une communication sur le « stress » à la SNCF après la vague de suicides à France Télécom, la direction affichait encore plus explicitement sa ligne : « Il n’existe pas – et heureusement – de lien direct avéré entre le contexte professionnel, le stress subi par un agent, l’effet de celui-ci sur sa santé (notamment la dépression) et le risque suicidaire. » Plus loin, il est écrit qu’un comportement suicidaire traduit pratiquement toujours une « prédisposition sous-jacente », ce que conteste une partie du corps médical.

    L’autre argument est celui de la moyenne nationale, pour une entreprise qui compte environ 150 000 salariés sur tout le territoire. Il figure déjà dans une note éditée la même année – que Mediapart s’est procurée – à destination des dirigeants de la SNCF, et qui édicte les éléments de langage à utiliser, notamment vis-à-vis de la presse, lorsqu’un suicide survient. « On estime que 8 à 9 % des femmes et 3 à 5 %
 des hommes de plus de 18 ans ont fait une tentative de suicide, soit plus de 200 000 tentatives de suicide par an en moyenne en France. Si l’on transpose ces chiffres à la SNCF, on pourrait “s’attendre” à environ 50 suicides de cheminots par an. » Michel Lejoyeux ajoute par ailleurs, pour temporiser la régularité des cas de suicide dans l’entreprise, que « l’absence de travail et le chômage sont des facteurs de détresse encore plus grands que le travail. Dire que le travail ne joue pas est une aberration totale. Dire que ce n’est que ça, c’est tout aussi faux ».

    Le sujet a néanmoins été suffisamment pris au sérieux par la SNCF pour que Loïc Hislaire, alors directeur adjoint des ressources humaines, commande en 2011 une recherche sur cinq collectifs de travail cheminots touchés par des cas de suicide. Après avoir été présenté à la direction en octobre 2012, le rapport d’une centaine de pages, très détaillé, a été « mis sous le boisseau », selon l’un des chercheurs ayant participé à sa rédaction, et classé « confidentiel ».

    « Dans nos conclusions, nous ne disions pas que ces suicides étaient entièrement liés au travail, cela aurait été stupide, explique l’un des chercheurs ayant participé à ce travail. Mais nous disions aussi qu’il était très réducteur de dire que ce n’était que personnel. » Pour faire face au problème, la direction souhaitait alors « réarmer les managers de proximité », les « DPX » dans le jargon maison, ces chefs d’équipe de niveau intermédiaire, traditionnellement proches des agents. « Nous étions contre, poursuit ce chercheur. Il fallait surtout que les hauts dirigeants s’assoient autour d’une table et prennent leurs responsabilités, qu’ils comprennent que le modèle d’entreprise qu’ils imposent fait des perdants. Sur ce désaccord, le rapport a été enterré. »

    Ce document, que Mediapart a pu consulter, décrit effectivement une organisation du travail très pathogène. La découpe progressive de la SNCF en trois pôles (réseau, voyageurs et gares), formalisée en 2015 mais déjà à l’œuvre en 2012, ainsi que les nombreuses restructurations ont modifié « profondément les organisations, les liens hiérarchiques et les façons de travailler ». Les « brigades » d’autrefois, « éclatées », opèrent sur des territoires beaucoup plus grands, avec moins d’autonomie et en compagnie de nombreuses entreprises prestataires, sur des horaires de plus en plus atypiques.

    Surtout, le collectif de travail, la célèbre « culture cheminote », ne sert plus d’amortisseur suffisant au changement. Sur ce point, le document est sévère : « Ils [les agents] disent “on est les derniers dinosaures” et tout se passe comme si, dans une vision darwinienne, ils ne devaient pas survivre faute d’avoir su s’adapter. Certains agents semblent sidérés et privés des moyens de juger ce qui leur arrive, comme si ne plus savoir de quoi l’avenir sera fait était un fait tellement nouveau à la SNCF qu’il était impensable. »

    Les chercheurs relaient aussi la parole de managers, dont un certain nombre semblent en grande détresse et décrivent des « agents démoralisés complet », « qui ne croient plus en rien ». L’un d’entre eux estime même que l’entreprise entretient un « double discours » : « D’un côté elle fait et dit beaucoup de choses au sujet de l’écoute et la compréhension des agents et de l’autre elle poursuit les transformations dont on sait qu’elles produisent de la souffrance. »

    Le chercheur Vincent de Gaulejac a mené plusieurs interventions à la SNCF : « Nous n’avons pas cessé de répéter ça aux cadres, au management, à monsieur Pepy ces quatre dernières années, mais ils ne veulent rien entendre », raconte celui qui travaille depuis les années 1970 sur la « corrélation entre la révolution managériale et l’émergence de nouveaux symptômes ou de mal-être, le burn-out, le stress… jusqu’au suicide ». Il s’est d’abord intéressé aux grands groupes privés, puis aux organisations publiques ou parapubliques. « Ce n’est pas par insensibilité ou volonté de nuire, mais les pressions sont telles sur la réorganisation ou la rentabilité, que si on admet des effets sur le personnel, ça place les dirigeants en grande difficulté. D’ailleurs les cadres supérieurs sont souvent les premiers à vivre ces symptômes, à subir ces outils de gestion, cette perte de sens et de valeur. »

    « Il ne faut pas dire que la SNCF ne fait rien, insiste cependant Vincent de Gaulejac. Leur réponse, ce sont des prescriptions et des formations pour rendre les managers vigilants. Non pas pour agir sur les causes, mais pour être vigilant sur les effets. »

    La direction l’assure, elle n’est pas restée les bras ballants. En 2009, au moment de la crise à France Télécom, la SNCF crée son observatoire de la qualité de vie au travail, un organisme paritaire direction-syndicats, qui établit des « diagnostics » et propose des « actions ». En 2017, le groupe public ferroviaire a également organisé une Commission paritaire de prévention des risques psychosociaux.

    Depuis 2012, 10 000 managers de proximité sont également formés à l’évaluation des risques psychosociaux, rappelle la communication du groupe. Sans compter un numéro d’assistance téléphonique, et la cellule psychopathologique, sous l’autorité de Michel Lejoyeux, conseiller de la SNCF depuis une dizaine d’années. « Sur cette période, on note une grande stabilité des taux d’anxiété et de dépression, constate d’ailleurs le psychiatre. Mais on a un gros tamis, on repère les pathologies mentales caractérisées. Le mal-être et les inquiétudes, on ne les repère pas forcément. Donc il faut être prudent. Mais il n’y a pas d’épidémie de maladies anxieuses ou de maladies dépressives à la SNCF, ça, il faut le dire. »

    Jean-René Délépine, chez Sud Rail, ne se prive pas pour critiquer l’approche du conseiller de la SNCF en la matière et moque la « méthode Lejoyeux », que le psychiatre a détaillée dans plusieurs livres : « Michel Lejoyeux est dans la logique des risques psychosociaux, un euphémisme pour ne pas dire souffrance au travail. Dans cette logique, c’est l’individu qui est porteur du risque, et c’est donc l’individu qu’il faut traiter, y compris en lui disant de sourire et de manger des cornichons. Nous croyons que l’organisation du travail aussi est à soigner. »

    Les réorganisations, elles, se poursuivent à un rythme cadencé. Et le grand chamboule-tout que vit la SNCF depuis dix ans crée des victimes collatérales. Pour une partie de ses collègues, la mort du cheminot et syndicaliste Édouard Postal, décédé dans la nuit du 10 mars 2017 en se jetant sous un train à la gare Saint-Lazare, en est le symbole.

    Édouard Postal, reconnu travailleur handicapé, très actif syndicalement, était depuis quelques années en conflit ouvert avec sa direction, récemment placé « en mission », donc sans poste fixe. « Il a été agent de maîtrise au centre opérationnel escale de Paris-Saint Lazare, la vitrine de la SNCF, pendant neuf ans, rappelle Éric Bezou, l’un de ses collègues, syndiqué chez Sud Rail, lui-même plusieurs fois sous la menace de mesures disciplinaires. C’est un lieu où l’on traite tous les problèmes de circulation, un travail épuisant. »

    Toutes les demandes d’Edouard Postal pour monter en grade restent lettre morte. En 2012, il avait déjà obtenu aux prud’hommes la condamnation de sa direction pour « discrimination salariale et harcèlement », un jugement confirmé en appel en 2015. En septembre 2016, la Cour de cassation avait annulé l’arrêt de la cour d’appel pour des causes de forme et non de fond.

    La même année, la ligne de Transilien L, au départ de Saint-Lazare, est choisie pour expérimenter la restructuration des équipes en « petits collectifs », afin d’améliorer la productivité et la polyvalence des agents commerciaux notamment, où les cheminots ne dépendent plus d’une gare, mais d’une zone. Cette transformation, en germe depuis 2011, est très critiquée, par plusieurs rapports d’expertise. Fermement opposé à cette réorganisation, en conflit permanent sur son cas avec sa hiérarchie et membre du CHSCT, « Édouard était un caillou dans la chaussure de la nouvelle direction, c’était un affrontement mano a mano à chaque réunion », raconte Éric Bezou. En mars, le cheminot fait même un malaise lors d’une visite de ses supérieurs, devant témoin, ce qu’il déclare en accident du travail, sans avoir eu, avant son décès, de réponse définitive de la caisse de prévoyance de la SNCF.

    La pression s’accentue au fil des jours. Édouard Postal, en arrêt de travail depuis son altercation, finit par écoper d’une mutation disciplinaire à Brétigny-sur-Orge (Essonne), lieu de triste mémoire pour les cheminots : le 12 juillet 2013, un accident ferroviaire y a fait sept morts. Le cheminot vit cette décision comme une punition, alors même qu’il présente des certificats médicaux mettant en garde contre un changement brutal d’environnement. Il est mort l’avant-veille de cette mutation. Le parquet a demandé quelques mois plus tard l’ouverture d’une enquête judiciaire.

    La même année, une cheminote, également reconnue travailleuse handicapée, en conflit avec sa hiérarchie, a elle aussi fait une tentative de suicide sur son lieu de travail à la gare Saint-Lazare, en avalant des médicaments. En arrêt maladie depuis, elle a été « réformée » pour inaptitude l’an dernier, tout en restant pensionnée par l’entreprise. « La direction des ressources humaines m’a convaincue de partir, raconte aujourd’hui Betty Curier, 52 ans, qui ne s’en sort pas seule avec ses 702 euros de pension. Mes collègues et les syndicats me disaient de ne pas accepter. Mais j’ai cédé. Parce que ce n’était pas vivable. Si j’étais restée, je me serais foutue en l’air pour de bon. »

    Françoise François, fondatrice de la Maison souffrance et travail à Poissy en Île-de-France, reçoit un certain nombre d’agents SNCF, « à ramasser à la petite cuillère » dans son bureau. En 2016 et 2017, elle a écrit plusieurs courriers d’alerte sur la souffrance des cheminots à Guillaume Pepy, restés sans réponse. Après le décès d’Édouard Postal, qui consultait également à Poissy, elle réitère, jugeant « dégueulasse » la manière dont la SNCF a traité son agent. « Je l’ai rencontré, ce n’était pas une épave, il vivait chez ses parents, c’est trop facile d’incriminer les raisons personnelles dans son cas, raconte Françoise François. À la SNCF, les transformations doivent se faire, et tant pis pour ceux qui résistent, c’est très violent. »

    Dans ce courrier, en date du 20 mars 2017, elle alerte, mettant en copie le procureur de la République : « J’ai, depuis quelques semaines, écrit à vos médecins du service de santé au travail afin qu’ils se penchent attentivement sur certaines situations très critiques. J’ai rencontré des assistantes sociales qui se retrouvent elles-mêmes bien démunies face à cette souffrance prégnante. Oui, vous avez mis des moyens renforcés, seulement ils se retrouvent en difficulté. Le problème, c’est qu’ils sont eux-mêmes submergés par des demandes toujours grandissantes des agents en souffrance pour lesquelles ils n’ont pas de réponse adaptée. »

    L’onde de choc produite par le suicide d’Édouard Postal n’a pas eu l’effet escompté, regrettent ses collègues de la ligne L. Les syndicats voient s’accumuler les dossiers de souffrance au travail, notamment pour des personnes ayant déjà des problèmes de santé, à tel point qu’une enquête CHSCT sur les risques psychosociaux et « un management potentiellement agressif » est ouverte au début de l’année 2018, sur le secteur de Cergy, après un droit d’alerte des délégués du personnel. Sur toute la région Saint-Lazare, les petits collectifs ont été pérennisés et certaines innovations managériales, très contestées, sont mises en place.

    « J’ai l’impression de travailler un boulet au pied, raconte aujourd’hui Vanessa, agente commerciale sur la zone, une semaine de service le matin, l’autre le soir, ce qui oblige son fils qu’elle élève seule à vivre une partie du temps chez ses grands-parents. Je prends mon service à Cergy, puis je suis dispatchée au cours de la journée dans différentes gares du secteur. Plus personne n’est attaché à une gare en particulier. Je ne vois plus mes collègues, tout le monde bouge tout le temps. »

    L’an dernier, alors qu’elle est déjà en mi-temps thérapeutique, la SNCF demande sa mutation à Versailles, ce que Vanessa refuse. « À deux heures de chez moi, je fais comment avec mon enfant ? » Le jour J, la jeune femme fait une crise d’angoisse en gare, ce qu’elle déclare en accident du travail. Refusé par la CPR.

    Pour éviter de changer de poste, Vanessa accepte la polyvalence exigée par l’organisation en « petit collectif » : de la vente, de l’escale, de l’accueil, voire du contrôle. Son médecin lui a pourtant déconseillé de s’approcher des voies, pour protéger la cheminote, et en a informé sa direction par courrier. « J’ai beaucoup d’idées suicidaires. Pour continuer de travailler, je prends un traitement, mais je ne dois pas aller sur les quais. »

    La fermeture de guichets, à divers endroits du territoire, a également contribué à transformer le travail des cheminots, ce que Mediapart avait déjà détaillé dans ce reportage, sur la ligne Saint-Étienne-Clermont : « Pour certains agents, rentrés à la SNCF pour faire de l’accueil, se retrouver à mener des opérations de contrôle provoque de vrais conflits de valeurs, rapporte Julie (prénom d’emprunt), ergonome ayant réalisé plusieurs expertises sur les conditions de travail au sein de la SNCF l’an passé. La spécialiste le constate, au fil des dizaines d’entretiens qu’elle a pu conduire auprès d’agents de tout type : « La vente, l’escale, la traction, le fret… chacun est touché par une ou plusieurs réorganisations. C’est la multiplicité et la fréquence qui posent problème. »

    Au fil de ces restructurations continues, les cheminots les plus âgés, présentant des problèmes de santé, parfois placardisés, peuvent se retrouver dans les « cellules alpha », vantées par la direction de la SNCF, comme le montre cet article de BFM Business. Ces salariés ne sont pas licenciables, mais ne correspondent plus vraiment au niveau de productivité demandé au groupe : « On y trouve des aiguilleurs qui vont déménager un bureau, repeindre une gare, raconte Julie. Même si les agents connaissent parfaitement un secteur, un métier, leurs connaissances sont niées. Or certains ont déjà été reclassés deux fois à cause de réorganisations. Et c’est pour ça que l’on pense à des scénarios à la France Télécom. »

    La direction s’enorgueillit d’avoir trouvé une « solution » à la marginalisation de ses agents, par le biais de ses Espaces initiative et mobilité (EIM). La réalité s’avère souvent difficile à vivre, comme l’a également constaté la psychologue de la SNCF qui témoigne à Mediapart : « Certains cheminots disent qu’ils sont “déportés en EIM”, c’est vous dire… Ils effectuent des missions, refont leur CV, répondent à des offres en interne, mais ont le sentiment d’être en surplus, en trop. Oui, la SNCF fait son devoir, elle s’en occupe, mais dans une entreprise qui embauchait à vie, le contrat paraît rompu. »

    La hiérarchie, notoirement pesante dans l’entreprise ferroviaire, ainsi que la déconnexion de plus en plus grande entre les cadres et le terrain ne favorisent pas le dialogue. Pour cette psychologue de la SNCF, « c’est plus dur depuis cinq ou dix ans » : « On intervient beaucoup dans les crises d’équipe, entre des gens qui se haïssent. Désormais, le management ne régule plus rien. Il n’y a plus de réunions d’équipe régulières, de moments de convivialité. Je le vois à SNCF Réseau, à la maintenance, un peu partout… C’est laissé au bon vouloir du manager qui, lui-même, n’a plus le temps, car il est aux manettes sur son tableau de bord, dans une logique gestionnaire. »

    Cet agent de Charleville-Mézières a vécu le suicide d’un ami cheminot en octobre, puis celui d’un collègue en novembre. Mediapart l’a interrogé moins d’un mois après ce drame. « On ne fait que parler de ça depuis, c’est très dur. C’est la façon surtout : le collègue s’est mis devant un train qui passait, avec son gilet orange, la tenue identifiable du cheminot. Il a laissé une lettre, dans sa voiture, c’est la police qui est tombée dessus. »

    Lui-même a fait un burn-out il y a quelques années, suivi de quatre mois d’arrêt maladie. « Le boulot a eu raison de moi, heureusement j’étais bien entouré à la maison. » L’homme pointe spontanément les dérives du management dans la souffrance des agents et des cadres : « Ça a commencé à déconner quand on a embauché des jeunes sortis des écoles. Ils ont suivi une formation de conducteur en express, et sont devenus chefs. Mais ils ne connaissent rien à la culture ferroviaire ! Les directeurs, pareil, ils viennent d’ailleurs, le dernier était auparavant chez Lidl ! » L’annonce de l’ouverture à la concurrence des trains régionaux du Grand Est ne passe pas davantage. « Tout ça crée une énorme rancœur vis-à-vis de la direction, on a l’impression qu’elle nous a lâchés. »

    En PACA, région endeuillée par au moins deux suicides en 2017 et 2018, François Tejedor, secrétaire général des cheminots CGT de la région, masque mal son inquiétude… et son désarroi. « Pour être sûr que le travail est impliqué, il faut creuser aussi dans la vie personnelle des gens, et personne n’aime mettre la vie personnelle des collègues sur la place publique. »

    Le syndicaliste a néanmoins lui aussi alerté sa direction à plusieurs reprises. « Les “petits collectifs”, c’est expérimenté en Côte d’Azur et ça crée des tensions. L’an dernier, on a vécu une fusion d’établissements, cette année, la mise en place du pilotage par axe, des fermetures de guichets, de gares… Tous les trois mois, on a une nouvelle organisation qui tombe, nous n’avons jamais connu un rythme aussi effréné. » Sans compter la mise en place de la réforme du statut, après un conflit social dur, au printemps 2018. « Cela va conduire à des destructions d’emplois, on nous parle même désormais de ruptures conventionnelles, du jamais vu chez nous. Voilà le contexte dans lequel nous sommes aujourd’hui. »

    Se conformant aux nouvelles règles du dialogue social, la SNCF va en 2019 modifier et fusionner ses instances de représentation du personnel, réduisant au passage drastiquement le nombre de représentants du personnel : les 600 CHSCT actuels vont être remplacés par 33 commissions au sein des nouveaux CSE (Conseil social et économique). « Souvent, tout le travail de collecte sur les suicides, c’est un boulot méticuleux qui était fait par les CHSCT », s’alarme Sébastien Chatillon, à Sud Rail, gare de Lyon, qui craint que ces transformations rendent davantage invisible encore la souffrance au travail.

    « Après les drames à France Télécom, il y a eu un effet médiatique, plusieurs rapports sont sortis, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au CESE, on a alors pensé qu’il y aurait une réaction, souligne Vincent de Gaulejac. Depuis, la chape de plomb est retombée, car personne ne veut prendre la mesure du problème. Les agents ont continué à se suicider dans les commissariats, à la RATP, dans les hôpitaux, à la SNCF, mais on n’en parle plus. Parce que ça met à mal tout le monde. »

    Jean-René Délépine et ses collègues veulent croire, à force d’alertes, que cette agitation n’est pas vaine. « Parfois, le travail sauve aussi. La question, c’est de savoir pourquoi rien ne retient la personne qui s’effondre à la SNCF. Pourquoi, pour certains, le travail n’est plus une ressource suffisante pour tenir le coup. »

  • Faites ce que vous voulez, mais votez Moubarak ! – Salimsellami’s Blog
    https://salimsellami.wordpress.com/2018/12/08/faites-ce-que-vous-voulez-mais-votez-moubarak

    FIN DE MONDE ?
    La chute d’un ordre de domination se reconnaît à la stupéfaction qui se lit sur les visages de ses desservants. Samedi, le spectacle n’était pas seulement dans la rue. Il était, et il dure toujours depuis, sur les faces ahuries de BFM, de CNews, de France 2, et d’à peu près tous les médias audiovisuels, frappées d’incompréhension radicale. Que la stupidité ait à voir avec la stupéfaction, c’est l’étymologie même qui le dit. Les voilà rendues au point d’indistinction, et leur spectacle commun se donne comme cette sorte particulière d’« information » : en continu.

    Comme l’esprit se rend préférentiellement aux idées qui font sa satisfaction et là où il trouve du confort, les trompettistes du « nouveau monde » et du « macronisme révolutionnaire », sans faire l’économie d’une contradiction, retournent invariablement à l’écurie de leurs vieilles catégories, les catégories du vieux monde puisque c’est celui-là qui a fait leur situation, leurs émoluments et leur magistère (lire « Macron, le spasme du système »). Et les voilà qui divaguent entre l’ultradroite et l’extrême gauche, ou l’ultragauche et l’extrême droite, cherchent avec angoisse des « représentants » ou des « porte-parole » présentables, voudraient une liste circonstanciée de « revendications » qu’on puisse « négocier », n’en trouvent pas davantage, ni de « table » autour de laquelle se mettre. Alors, en désespoir de cause, on cherche frénétiquement avec le gouvernement au fond du magasin des accessoires : consultations des chefs de parti, débat à l’Assemblée, réunion avec les syndicats — l’espoir d’une « sortie de crise » accrochée à un moratoire sur la taxe gasoil ? un Grenelle de quelque chose peut-être ? C’est-à-dire pantomime avec tout ce qui est en train de tomber en ruine. Voilà où en sont les « élites » : incapables de seulement voir qu’il n’est plus temps, que c’est tout un monde qui est en train de partir en morceaux, le leur, qu’on ne tiendra pas pareille dislocation avec du report de taxe ou des taux minorés, bien content si les institutions politiques elles-mêmes ne sont pas prises dans l’effondrement général. Car il ne s’agit pas d’un « mouvement social » : il s’agit d’un soulèvement.

    Car il ne s’agit pas d’un « mouvement social » : il s’agit d’un soulèvement.

    Quand une domination approche de son point de renversement, ce sont toutes les institutions du régime, et notamment celles du gardiennage symbolique, qui se raidissent dans une incompréhension profonde de l’événement — l’ordre n’était-il pas le meilleur possible ? —, doublée d’un regain de hargne, mais aussi d’un commencement de panique quand la haine dont elles font l’objet éclate au grand jour et se découvre d’un coup à leurs yeux. Ceci d’autant plus que, comme il a été noté, la singularité de ce mouvement tient à ce qu’il porte désormais l’incendie là où il n’avait jamais été, et là où il doit être : chez les riches. Et sans doute bientôt, chez leurs collaborateurs.

    À Paris, la contestation des « gilets jaunes » gagne les lieux du pouvoir
    En regard, les parcours habituels des manifestations et les rassemblements des 24 novembre et 1er décembre 2018.

    On lit que la directrice de BFM est restée interloquée d’entendre scander « BFM enculés »sur les Champs, et que le président de la société des journalistes a découvert, dans le même état, que « cela ne vient pas de militants mais de gens du quotidien ». Les pouvoirs de ce genre, ceux de la tyrannie des possédants et de leurs laquais, finissent toujours ainsi, dans la sidération et l’hébétude : « ils nous détestent donc tant que ça ». La réponse est oui, et pour les meilleures raisons du monde. Elle est aussi qu’après toutes ces décennies, le moment est venu de passer à la caisse et, disons-le leur dès maintenant, l’addition s’annonce salée. Car il y a trop d’arriérés et depuis trop longtemps.

    Depuis les grèves de 1995, la conscience de ce que les médias censément contre-pouvoirs sont des auxiliaires des pouvoirs, n’a cessé d’aller croissant. Du reste, ils ont œuvré sans discontinuer à donner plus de corps à cette accusation à mesure que le néolibéralisme s’approfondissait, mettait les populations sous des tensions de plus en plus insupportables, qui ne pouvaient être reprises que par un matraquage intensif des esprits, avant qu’on en vienne à celui des corps.

    C’est à ce moment que, devenant ouvertement les supplétifs du ministère de l’intérieur en plus d’être ceux de la fortune, ils se sont mis à rendre des comptages de manifestants plus avantageux encore que ceux de la préfecture, puis à entreprendre de dissoudre tous les mouvements de contestation dans « la violence » — et par-là à indiquer clairement à qui et à quoi ils avaient partie liée.

    C’est peut-être en ce lieu, la « violence », que la hargne des laquais trouve à se dégonder à proportion de ce qu’ils sentent la situation leur échapper. Au reste, « condamner » ayant toujours été le meilleur moyen de ne pas comprendre, à plus forte raison poussé par des intérêts si puissants à la cécité volontaire, « la violence des casseurs » a été érigée en dernière redoute de l’ordre néolibéral, en antidote définitif à toute contestation possible — sans par ailleurs voir le moins du monde le problème à célébrer le 14 juillet 1789 ou commémorer Mai 68 : folle inconséquence de l’Histoire embaumée, mise à distance, dévitalisée, et privée de tout enseignement concret pour le présent.

    C’est peut-être en ce lieu, la « violence », que la hargne des laquais trouve à se dégonder à proportion de ce qu’ils sentent la situation leur échapper.

    En tout cas, dans le paysage général de la violence, les médias, surtout audiovisuels, ont toujours pris ce qui les arrangeait en ayant bien soin de laisser le reste invisible, donc la violence incompréhensible, par conséquent à l’état de scandale sans cause : le mal à l’état pur. Mais pourquoi, et surtout au bout de quoi, les Conti envahissent-ils la sous-préfecture de Compiègne, les Goodyear séquestrent-ils leur direction, les Air France se font-ils une chemise de DRH, et certains gilets jaunes sont-ils au bord de prendre les armes ? Qu’est-ce qu’il faut avoir fait à des gens ordinaires, qui ont la même préférence que tout le monde pour la tranquillité, pour qu’ils en viennent à ces extrémités, sinon, précisément, les avoir poussés à toute extrémité ?

    Le déni de la violence sociale est cette forme suprême de violence à laquelle Bourdieu donnait le nom de violence symbolique, bien faite pour que ses victimes soient réduites à merci : car violentées socialement, et méthodiquement dépouillées de tout moyen d’y résister « dans les formes » puisque tous les médiateurs institutionnels les ont abandonnées, elles n’ont plus le choix que de la soumission intégrale ou de la révolte, mais alors physique, et déclarée d’emblée odieuse, illégitime et anti-démocratique — normalement le piège parfait. Vient cependant un moment où la terreur symbolique ne prend plus, où les verdicts de légitimité ou d’illégitimité volent à leur tour, et où la souffrance se transforme chimiquement en rage, à proportion de ce qu’elle a été niée. Alors tout est candidat à y passer, et il ne faudra pas s’en étonner : permanences de députés, banques, hôtels particuliers, préfectures, logiquement plus rien n’est respecté quand tout a failli.

    Il est vrai qu’à ceux qui ont lié leur position et leurs avantages au cadre du moment, et qui n’ont cessé de répéter qu’il n’y en avait ni de meilleur ni simplement d’autre possible, l’irruption du hors-cadre radical ne laisse aucune autre solution de lecture que « l’aberrant », le « monstrueux », ou mieux encore, quand elle est « avérée », la « violence ». Encore fallait-il qu’elle demeure marginale pour pouvoir être maintenue dans son statut de monstruosité, et puis aussi qu’on occulte systématiquement la responsabilité de celle des forces de police. Mais ce sont ces deux conditions qui sont en train d’être détruites en ce moment.

    La première parce que les « gilets jaunes » offrent à profusion cette figure oxymorique, incompréhensible pour les pouvoirs, des « braves gens enragés ». « Enragé » normalement c’est « enragé », c’est-à-dire ultra-radical-minoritaire. Ça ne peut pas être « braves gens », qui veut dire majorité silencieuse — ou bien contradiction dans les termes. Or, si. Assez simplement même : on est enragé quand on est poussé à bout. Il se trouve qu’au bout de 30 ans de néolibéralisme parachevés par 18 mois macroniens de guerre sociale à outrance, des groupes sociaux entiers ont été poussés à bout. Alors enragés.

    Les « gilets jaunes » offrent à profusion cette figure oxymorique, incompréhensible pour les pouvoirs, des « braves gens enragés »

    Croyant que ce dont ils ne parlent pas n’existe pas, les médias ne les avaient pas vu venir ces enragés-là. Mais voilà, ils sont là, produits d’une longue et silencieuse accumulation de colère, qui vient de rompre sa digue. Ceux-là on ne les fera pas rentrer facilement à la maison. Et ceci d’autant moins qu’avec la naïveté des « braves gens », ils ont expérimenté, à l’occasion de leur première manifestation pour beaucoup d’entre eux, ce que c’est que la violence policière. En sont restés d’abord sidérés. Puis maintenant, s’étant repris, dégoupillés pour de bon. Alors on ne compte plus ceux qui, à l’origine « braves gens » certifiés, sont pris dans un devenir-casseur — comme certains autres, débitant des palettes sur un rond-point pour construire une cabane, sont pris dans un étonnant devenir-zadiste.

    Gageons d’ailleurs que des révisions de grande ampleur doivent être en train de s’opérer dans leurs esprits. Car tous ces gens qui depuis 2016 et la loi El Khomri, jusqu’à 2018 avec Notre-Dame-des-Landes et les ordonnances SNCF, avaient été abreuvés de BFM et de France Info, invités à pleurer les vitres de Necker, se retrouvent aujourd’hui dans la position structurale des casseurs, en vivent la condition de violence policière et médiatique, et savent un peu mieux à quoi s’en tenir quant à ce que ces deux institutions diront désormais des « ultras violents radicalisés ». En tout cas c’est très embêtant pour les chaînes d’information en continu cette affaire : car si le devenir-casseur prend cette extension, que pourra donc encore vouloir dire « casseur » ?

    L’autre condition est de maintenir les agissements réels de la police hors-champ. Sur ce front-là, on se battra jusqu’au bout dans les chefferies audiovisuelles. Le mensonge par occultation est général, acharné, épais comme de la propagande de dictature. La population basculerait instantanément dans l’indignation si elle avait l’occasion de voir le dixième de ce que les grands médias audiovisuels lui cachent systématiquement, ainsi ces vidéos d’une vieille dame en sang gazée ou d’un retraité matraqué. Quand France Info nous avait saoulés jusqu’à la nausée des vitres de Necker ou du McDo en feu, aucun flash à la mi-journée de lundi n’avait encore informé de la mort d’une octogénaire tuée par une grenade lacrymogène. Les robots de BFM n’opposent jamais aucune image aux syndicalistes policiers qui disent qu’on les « matraque » (sic !) et qu’on les « mutile ». Mais, si les mots ont encore un sens, de quel côté du flashball ou du lanceur de grenades compte-t-on les éborgnés et les mains arrachées ? On se demande si Nathalie Saint-Cricq ou Apathie garderaient leur déjeuner si on leur montrait au débotté les photos proprement insoutenables (il s’agit de blessures de guerre) de manifestants mutilés — vraiment — par les armes de la police. On ne sache pas qu’il se soit encore trouvé un seul grand média audiovisuel pour montrer en boucle, comme ils le font d’habitude, aux « braves gens » pas encore devenus casseurs cette vidéo d’un jeune homme roué de coups par huit policiers, qui achèverait de les informer sur le degré de confiance qu’il convient d’avoir en la « police républicaine » quand on met tout ça — ces dizaines de vidéos, ces centaines de témoignages — bout à bout.

    Mais il y a une économie générale de la violence et on sait ce qu’elle donne quand elle est lancée : elle est réciprocitaire, divergente et peut emmener très loin. Nul ne sait jusqu’où dans la situation actuelle, et peut-être à des extrémités dramatiques. Mais qui l’aura déclenchée sinon Macron qui, après avoir déclaré la guerre sociale à son peuple, lui déclare la guerre policière, peut-être bientôt la guerre militaire, en compagnie des médias de gouvernement qui lui déclarent la guerre symbolique ? Le partage des responsabilités est d’autant plus clair que les offensés auront encaissé très longtemps sans mot dire : l’agression économique, le mépris élitaire, le mensonge médiatique, la brutalité policière. Or le mauvais génie de la réciprocité violente est une mémoire, et une mémoire longue. Sur un fil Twitter une baqueuse découvre sidérée — elle aussi, comme les primo-manifestants matraqués pour rien, mais en sens inverse, car, en définitive tout est affaire de sidération dans cette histoire, de sidérations opposées, qui passent les unes dans les autres, qui se nourrissent les unes les autres — la baqueuse, donc, découvre de quelle haine ses collègues et elle sont l’objet. Et l’on peine à le croire. Décidément toutes les institutions de la violence néolibérale tombent ensemble des nues. Les collégiens cernés et gazés au poivre par des flics accompagnés de chiens n’oublieront pas de sitôt ce moment de leur vie où s’est formé décisivement leur rapport à la police et, dans deux ans, cinq ans, cette police oublieuse qui les croisera de nouveau s’émouvra de la détestation brute qu’elle lira sur leurs visages — et n’y comprendra rien.

    Et voilà que le corps préfectoral se met à avoir des sueurs froides à son tour. C’est qu’ils ont de quoi se sentir un peu seulets dans leurs hôtels. Depuis que la préfecture du Puy-en-Velay a brûlé, on sait de quoi « les autres » sont capables — oui, maintenant, de tout. Alors il est urgent de négocier un virage sur l’aile sans attendre, pour faire savoir par « quotidien de référence » interposé que l’Élysée macronien a quitté terre, que, eux, préfets, ont conscience des malheurs du peuple, qu’ils pourraient même se reconvertir en lanceurs d’alerte si on les écoutait. On tâchera quand même de se souvenir que ce sont ces préfets qui depuis Nuit debout font éborgner, grenader, et tirer-tendu.

    Mais l’on y verra surtout le retour de ce qu’on pourrait appeler « la situation La Boétie », celle que le pouvoir s’efforce de nous faire oublier constamment, et d’ailleurs que nous oublions constamment, tant elle semble un incompréhensible mystère : ils sont très peu et règnent sur nous qui sommes nombreux. Il arrive cependant que le voile se déchire et que fasse retour la cruelle réalité arithmétique du pouvoir. Et c’est bien cet aveu touchant de candeur qu’a consenti samedi soir le sous-ministre de l’intérieur, en reconnaissant qu’il ne pouvait guère engager davantage de troupe à Paris quand toute la carte de France clignote et demande de la garnison. Un manager de la startup nation trouverait sans doute à dire que le dispositif est « stressé ». Le « stress du dispositif », c’est le retour de La Boétie. Nous sommes les plus nombreux. Nous sommes même beaucoup plus nombreux qu’eux. C’est d’autant plus vrai que le plein est loin d’avoir été fait et qu’il y a encore une belle marge de progression. Tout ça se vérifiera bientôt : lycéens, étudiants, ambulanciers, agriculteurs, tant d’autres.

    Ils sont très peu et règnent sur nous qui sommes nombreux. Il arrive cependant que le voile se déchire et que fasse retour la cruelle réalité arithmétique du pouvoir.

    Mais alors quoi ? L’armée ? L’adolescent désaxé qui est à l’Élysée en est très capable : n’utilise-t-il pas contre sa population des grenades qui sont des armes de guerre, et n’a-t-il pas fait placer des snipers avec fusils à lunettes au sommet de quelques bâtiments parisiens, image des plus impressionnantes, étonnamment offerte par Le Monde qui est peut-être en train de se demander lui aussi s’il n’est pas temps de lâcher son encombrant protégé dans un virage ?

    En tout cas, terrible moment de vérité pour l’éditorialisme « faites ce que vous voulez ». On avait adoré le dégagisme à Tunis ou place Tahrir. Mais expliqué que ce qui est là-bas un merveilleux sursaut de la liberté est ici du populisme crasseux qui rappelle les heures sombres. Jusqu’ici ça tenait. Et voilà que « mais votez Macron » pourrait bien tourner Moubarak, mon dieu dans quelle mouscaille ne nous sommes-nous pas mis ? Et forcément, plus on pagaye pour en sortir, plus on en met partout. Tout revient, tout éclabousse. Or nous en sommes là : quand un pouvoir verse une prime exceptionnelle à des forces de l’ordre qui se rendent chaque jour plus odieuses, c’est qu’il redoute par-dessus tout d’être lâché par elles et que, toute légitimité effondrée, il ne tient plus que par son appareil de force, dans la main duquel en réalité il se remet entièrement. Faites ce que vous voulez, mais votez Moubarak.

    Ce pouvoir est honni car il s’est méthodiquement rendu haïssable. Il paye une facture sans doute venue de très loin, mais dont il est le parachèvement le plus forcené, par conséquent l’endosseur le plus logique. Il n’a plus pour se cramponner que le choix de la répression sanglante, peut-être même de la dérive militaire. Il ne mérite plus que de tomber.

    Frédéric Lordon

    Source : Le Monde diplomatique, Frédéric Lordon, 05-12-2018                                      https://www.les-crises.fr/faites-ce-que-vous-voulez-mais-votez-moubarak-par-frederic-lordon

  • “Après la chasse à l’homme, la chasse à courre” dans l’Oise : la colère des syndicats de police Jennifer Alberts - France3 Regions - 8 Octobre 2018
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/oise/apres-chasse-homme-chasse-courre-oise-colere-syndicats-

    Depuis plusieurs week-ends, la chasse à courre dans l’Oise est sous haute surveillance : des policiers et des gendarmes sont déployés pour éviter les débordements avec les opposants à cette pratique. Une mission qui n’est pas du goût des syndicats de police.

    Depuis un mois, les chasses à courre organisées dans l’Oise sont encadrées par des représentants des forces de l’ordre. Lors de chaque rassemblement, une dizaine de policiers ou de gendarmes est déployée dans les forêts du département pour éviter les altercations entre veneurs et anti-chasse à courre.

    Un dispositif mis en place par la préfecture de l’Oise pour assurer la sécurité des deux camps.

    Un mandat qui n’est pas du goût du syndicat de police Alliance. Quelques jours après l’arrestation de Redoine Faïd dans l’Oise justement, Alliance ironise sur ses comptes de réseaux sociaux sur cette nouvelle mission jugée « polluante ». En jouant sur la métaphore filée de la vénerie, le syndicat s’offusque que « les policiers soient les palefreniers de quelques nantis (...) aristocrates »

    Des effectifs de Creil, Compiègne et Beauvais auraient en effet été assignés samedi 6 octobre à cette tâche « indue » .

    #oligarchie #caste #chasse #larbins #police #france

  • Dunkerque : la gratuité totale des bus (qui démarre ce week-end) en 5 questions Youssrah Mahadali - 31 Aout 2018 - France 3 Régions
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/dunkerque/dunkerque-gratuite-totale-bus-qui-demarre-ce-week-end-5

    C’est bientôt l’heure du grand changement, pour les transports en commun de l’agglomération de Dunkerque. Tout le réseau devient gratuit 
    pour tous dès ce samedi, en plus d’un renouvellement des lignes et équipements.

    Depuis septembre 2015, les bus de l’agglomération dunkerquoise sont gratuits le week-end. A partir de ce week-end, ils le seront tout le temps, et pour tout le monde. C’était l’une des promesses qui a permis, contre toute attente, à Patrice_Vergriete de l’emporter aux élections municipales, en 2014, avec 30 points d’avance sur le maire socialiste sortant.

    Pour cet ancien directeur d’agence d’urbanisme, la gratuité des transports publics « ne devait plus être un tabou », mais une manière"de faire de la politique autrement, concrètement". Mais pourquoi ce choix, et comment est-ce possible ? On va essayer de vous éclairer. 

    1. Pourquoi les transports sont désormais gratuits à Dunkerque ?
    C’est pour le maire Divers Gauche de Dunkerque, un "véritable choix politique" nourri par plusieurs arguments. Écologique d’abord, car il permet aux usagers de privilégier des modes de transports autres que la voiture. Économique, ensuite. "Généralement, on fait baisser les impôts locaux quand on veut aider le pouvoir d’achat, et ce sont les plus riches qui en profitent", détaille le maire.

    Cet élu de 48 ans voit cette mesure comme un « choc psychologique et social », dans une agglomération où les bus n’étaient utilisés que pour 4,7 % des déplacements. Il estime qu’il fallait « changer l’image d’une ville marquée par la pauvreté et incapable de se projeter dans l’avenir », également président de cette communauté urbaine de dix-sept communes et 200 000 habitants, il souhaite redonner vie à la mobilité dans ces communes. 

    2. Le transport gratuit, combien ça coûte ? 
    La communauté urbaine assure qu’il n’y aura pas de hausse d’impôt pour compenser cette mesure. La vente de titres de transport représentait 10% des coût du transport de DK’bus et 2% du budget de la communauté urbaine en 2017. Un manque à gagner de 4,5 millions d’euros.

    « C’est un choix politique, explique Patrice Vergriete. Dans le même temps, on a annulé le projet d’une nouvelle Arena défendue par l’ancien maire ». Un projet qui a permis de débloquer 60 millions d’euros pour des travaux d’aménagements du réseau qui datait des années 1970.

    Le service est déjà financé par un versement transport, une taxe de 1,55% sur les entreprises pour financer le réseau de transports et qui génère entre 6 et 7 millions d’euros. Pas besoin donc d’une hausse d’impôts.

    « On garde le versement transport. Cela va servir au fonctionnement du réseau et permet son aménagement », explique à L’Express Patrice Vergriete. « Il n’y pas d’impact sur la fiscalité, ni au niveau des entreprises, ni pour les ménages. » 

    Dunkerque n’est pas la seule ville à passer à la gratuité des transports publics. Dans l’agglomération de Compiègne, les bus sont gratuits depuis 1975. Là aussi, ce sont les entreprises qui paient : le versement transport provient de celles de plus de onze salariés et rapporte 5,3 millions d’euros, selon Le Monde. Cela couvre quasiment la totalité des coûts de la gratuité des bus, soit 5,7 millions d’euros. 

     
    3. Le réseau de bus a-t-il été adapté ?
    Un nouveau réseau plus efficace grâce à ses cinq nouvelles lignes dites « Chrono » avec une fréquence de 10 mn entre 7 et 19h. Mais aussi par des aménagements de la voirie (site dédié aux bus) et la priorité donnée aux bus dans les carrefours importants qui vont accroître la performance du réseau.
     
    https://i-cdn.embed.ly/1/display/crop?height=300&key=fd92ebbc52fc43fb98f69e50e7893c13&url=http%3A%2F%2Fww

    120 bus dont 40 tout nouveaux circuleront à la rentrée scolaire contre une centaine actuellement. Et ces nouveaux équipements derniers cris annoncés (nouveau mobilier urbain, multiplication de ports USB et installation de Wi-fi, nouveaux véhicules électriques…)

     
    4. Gratuité : quels avantages ? Quels inconvénients ?
    A Dunkerque, l’enjeu du bus gratuit est de lutter contre une désertification du centre-ville, difficile à contrer à l’heure où tout se vit dans les zones commerciales de périphérie mais également faciliter la mobilité de la population. Autour de la place Jean-Bart, on ne compte plus les locaux commerciaux vides et les panneaux « à louer ».

    Le retour des jeunes vers ce centre déserté est une aubaine le week-end. Patrice Vergriete s’inscrit dans une logique d’accessibilité : "Il faut que tout le monde puisse accéder à la ville, même sans avoir de voiture." Il rappelle que dans certaines communes de l’agglomération, près d’un tiers des ménages ne possède pas de voiture. La gratuité des transports leur permettra donc d’avoir accès à l’emploi et aux loisirs plus aisément. 

    https://www.youtube.com/watch?v=AA4qq3rkcFE

     Des critiques récurrentes pointent notamment le risque de voir le réseau se détériorer faute de financement suffisant. Les demandes des associations d’usagers portent d’ailleurs plus sur la qualité du réseau que sur une baisse du prix du billet.
    Pour répondre à ces attaques, l’agglomération dunkerquoise a décidé d’une vaste réorganisation de son réseau, jugé « injuste, vétuste et pas fiable » par le maire de Dunkerque. Le budget a été adapté en conséquence.

    Tous les chauffeurs ne sont pourtant pas convaincus par ces bouleversements profonds à venir. L’un d’entre eux, qui travaille à DK’Bus depuis sept ans, dit craindre « un changement dans la relation avec les clients ». Les employés de DK’bus craignent le changement de comportement des usagers au sein des bus dû à la gratuité des transports. 

    Selon le rapport du cabinet VIGS, les actes d’incivilités ont pourtant baissé de 59% depuis septembre 2015, grâce notamment à une plus grande mixité sociale et une féminisation de la clientèle. 

    5. Et à Lille, un jour, les transports gratuits ? 
    En se disant favorable à une étude sur la gratuité des transports en commun parisiens, Anne Hidalgo, maire de la capitale, a remis la machine en marche. Et rendu espoir aux (rares) partisans d’un service public de la mobilité en accès libre. Mais l’idée a du mal à se frayer un chemin dans la métropole lilloise. 

    La gratuité ? Une chimère, aux yeux du président de la MEL. Damien_Castelain balaie d’un revers de main une idée réputée infinançable, sauf à affoler le compteur des impôts pour compenser les 91 millions d’euros de recettes évaporées.

    En 2016, le financement des transports en commun sur Lille équivaut à 95 millions d’euros de recette pour la vente des titres de transports, 202 millions d’euros de subvention de la MEL : le contribuable paye 68% du prix du billet.

    #Dunkerque #transport #transports #mobilité #gratuité #économie #haut-de-france

  • Oise : subvention annulée pour la fête qui célèbre la pureté des jeunes filles
    http://www.leparisien.fr/salency-60400/salency-la-mairie-annule-la-subvention-accordee-a-la-fete-de-la-rosiere-2

    « J’ai reçu 150 mails en deux jours, des messages qui m’ont blessé, relate Hervé Delplanque, maire (SE) de Salency. Je suis impliqué dans cette polémique sans en être l’organisateur. » Initialement prévu mi-septembre, le conseil municipal de Salency s’est réuni ce mercredi soir et a voté à l’unanimité l’annulation de la subvention de 1 800 € accordée en mars à la fête de la Rosière.

    Une nouvelle délibération doit être prise prochainement pour décider définitivement de l’avenir de cette manifestation qui, en 2019, entendait mettre à l’honneur « la réputation vertueuse » des jeunes filles.

    Mais depuis l’annonce du retour de cette fête née à Salency au Ve siècle, les réactions hostiles se sont multipliées. Des associations et collectifs féministes ont fustigé une « fête révoltante », « rétrograde et insultante ». « Tout le contraire », ne cesse de se défendre Bertrand Tribout, qui n’a pas souhaité commenter la décision des élus ce mercredi.

    Sur Internet, 37 000 signatures contre l’événement

    Avant le vote ce mercredi soir, l’opposition s’est surtout jouée sur Internet, à grand renfort de pétition et contre pétition. Ce mercredi, celle lancée par la Confrérie de Saint-Médard, qui réclame « le maintien de la tradition et du patrimoine du village » totalisait près de 600 signataires. Loin des 37 000 signatures recueillies par ses opposants.

    Une mobilisation qui a pris de court la municipalité salencienne, qui craint notamment « la venue massive de mouvements féministes et anticléricaux ». Le village s’est en effet soudainement retrouvé au centre de l’attention médiatique. La fête, qui n’a plus été organisée depuis 1987, a été évoquée par la BBC, la radio publique britannique, ou encore La Vanguardia, un des principaux quotidiens espagnols.
    En attente d’un avis du ministère de l’Intérieur

    Reste à savoir aujourd’hui si la fête verra tout de même le jour dans un an. Ghyslain Chatel, le sous-préfet de l’arrondissement de Compiègne-Noyon reste très réservé : « Il y a aujourd’hui une opposition qui risque de créer des troubles à l’ordre public, explique-t-il. Mais d’ici un an, on a le temps de voir venir. »

    La préfecture a récemment saisi la Direction des libertés publiques et des affaires juridiques, rattachée au ministère de l’Intérieur. Il s’agit désormais pour elle de « faire une analyse juridique des événements ». Un avis consultatif qui permettra de se prononcer ultérieurement sur l’annulation, ou non, de la fête.

    #misogynie #sexisme #catholicisme #culture_du_viol #vierge #slut_shaming #féminisme #hommage

    Dans le même esprit de « rendre hommage aux lâfâme » :
    L’élection de Miss Cagole fait son retour à Marseille.

    « On ne fait pas ça pour se moquer. A aucun moment ce n’est péjoratif. Au contraire, même : c’est un hommage ! »

    https://www.20minutes.fr/insolite/2324127-20180822-video-election-miss-cagole-fait-grand-retour-marseille-id

  • Les bailleurs HLM résolus à expulser les familles des trafiquants, Isabelle Rey-Lefebvre, Le Monde 7 août 2018
    https://www.lemonde.fr/logement/article/2018/08/07/les-bailleurs-hlm-resolus-a-expulser-les-familles-des-trafiquants_5339982_16

    Les bailleurs HLM résolus à expulser les familles des trafiquants
    Dans plusieurs affaires récentes, des juges ont validé les demandes dans ce sens, estimant qu’il s’agit d’une violation grave des obligations locatives.

    Expulser de leur logement HLM les familles de trafiquants de drogue n’est plus tabou depuis que, dans plusieurs affaires récentes, des juges ont validé les demandes dans ce sens des bailleurs sociaux. Les juges estiment de plus en plus souvent que perpétrer ou être complice d’un trafic de stupéfiants au domicile constitue, outre l’aspect pénal, une violation grave des obligations locatives justifiant la résiliation du bail.

    Un pas a donc été franchi puisque ce ne sont plus seulement les fauteurs de troubles qui se voient sanctionnés au pénal, mais également leurs familles au civil. Ainsi, entre juin et octobre 2016, à l’initiative de Paris Habitat, neuf familles ont été expulsées manu militari, au grand soulagement des voisins, de la cité Bonnier (20e arrondissement) gangrenée depuis des années par le trafic de drogue. Dans la capitale, les trois bailleurs sociaux de la ville, Paris Habitat, la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP) et Elogie Siemp ont engagé 80 procédures de ce type pour « graves troubles de nuisance ».

    Le 27 février 2018, la cour d’appel d’Amiens a ordonné l’expulsion d’une mère de famille et de ses deux enfants mineurs dont une fille handicapée, logés cité du Clos des roses, propriété de l’OPAC de l’Oise, car trois des fils désormais majeurs étaient condamnés pour trafic de stupéfiant à grande échelle.

    Lire aussi : A Compiègne, la justice ordonne l’expulsion d’une famille dont les fils dealent dans la cité

    Le 10 janvier 2017, à la demande de l’Office Seine-Saint-Denis Habitat, la cour d’appel de Paris avait confirmé l’expulsion d’une locataire, à Saint-Ouen, dont le fils avait été condamné à huit mois de prison avec sursis pour détention de plus d’un kilo de cannabis. Le juge a rappelé la responsabilité de la titulaire du bail qui doit « user paisiblement des locaux » et répondre « de ses propres agissements mais également de ceux des personnes qu’elle accueille ». Cette femme avait argué du soutien de quelques voisins : « Il peut arriver que les mêmes locataires qui se plaignaient d’une famille refusent, ensuite, de témoigner, voire signent une pétition en sa faveur tant la peur de représailles est forte », raconte Cécile Mage, directrice générale adjointe de Seine-Saint-Denis Habitat.

    Coopération avec la justice et la police

    Les magistrats de la cour d’appel d’Angers ont confirmé, le 7 juin 2017, l’expulsion d’une femme, de ses quatre enfants mineurs et de sa nièce alors qu’il n’y avait, à leur encontre, ni plainte ni pétition, et que son fils de 21 ans, dûment condamné, avait quitté le domicile : « Cet arrêt est intéressant car l’absence de plainte et le départ du fauteur de trouble n’atténuent pas la gravité des faits et la responsabilité du locataire, remarque Yann Bisiou, maître de conférences en droit à l’université Paul-Valéry de Montpellier. Il est inutile et dangereux d’ajouter à la loi une résiliation automatique du bail comme l’envisage le projet de loi pour l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (loi ELAN), en cours de discussion. Au juge d’apprécier la situation. »

    La loi Egalité et citoyenneté du 27 janvier 2017 avait tenté d’instaurer cette résiliation de plein droit d’un bail lorsque le locataire ou l’un des occupants a fait l’objet d’une condamnation définitive pour consommation ou trafic de stupéfiants et si les faits se sont produits dans le logement, l’immeuble ou le groupe d’immeubles. La disposition avait été invalidée, le 26 janvier 2017, par le Conseil constitutionnel, pour une raison de procédure et la loi ELAN y revient.

    Lire aussi : HLM, accès aux handicapés, littoral... La grande déréglementation de la loi ELAN

    Les bailleurs sociaux s’organisent pour fournir aux tribunaux un dossier étayé par les condamnations pénales de leurs locataires. Cela suppose une coopération avec la justice et la police. Ainsi, 13 Habitat, bailleur social des Bouches-du-Rhône, propriétaire de 400 cités dont 26 sont des lieux de trafic de drogue, a décidé d’engager d’un coup une dizaine de procédures d’expulsions : « Nous avons pris attache avec les procureurs de la République de Marseille, Tarascon et Aix-en-Provence pour qu’ils nous transmettent tous les jugements au pénal concernant nos locataires, détaille Lionel Royer-Perreaut, son président, et nous allons introduire dans les contrats de location une clause résolutoire en précisant les obligations des locataires. Notre but est de combattre le sentiment d’impunité des délinquants et de leurs familles. »

    Lire aussi : « Priver les plus pauvres de logement est une injustice et une grave erreur »

    « Judiciariser ces situations, pourquoi pas, mais les procédures sont longues, surtout en Seine-Saint-Denis où elles peuvent durer quatre à cinq ans, déplore Patrice Roques, directeur de Seine-Saint-Denis Habitat, et elles ne visent que quelques familles alors qu’une trentaine de nos 200 halls d’immeubles sont, à des degrés divers, théâtres de nuisances et de trafics. »

    #logement #bailleurs_sociaux #condamnation #résiliation_automatique_du_bail #expulsion

  • Dunkerque parie sur la gratuité des transports
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/06/29/dunkerque-parie-sur-la-gratuite-des-transports_5323090_3234.html

    A partir du 1er  septembre, les 200 000 habitants des 17 villes de la communauté urbaine dunkerquoise circuleront sans ticket.

    LE MONDE ECONOMIE | 29.06.2018 à 11h24 • Mis à jour le 29.06.2018 à 17h10 |
    Par Laurie Moniez (Lille, correspondance)
    Réagir AjouterPartager (62)Tweeter
    Lâcheront-ils leur voiture ? Le 1er septembre, les 200 000 habitants des 17 villes de la communauté urbaine dunkerquoise vont bénéficier des transports en commun gratuits. Terminé le ticket à 1,40 euro. Si une trentaine de communes françaises ont déjà fait ce choix (Niort, Compiègne, Gap, Porto-Vecchio…), Dunkerque devient la plus grande agglomération française à franchir le cap. En offrant la gratuité pour tous, résidents et extérieurs, la ville du Nord dépasse même à l’échelle européenne Tallinn, capitale de l’Estonie et ses 420 000 habitants, qui réserve cette gratuité à ses seuls résidents.

    Dans le Dunkerquois, territoire profondément lié à l’industrie, la qualité de l’air est un enjeu majeur. Près du port de Dunkerque, ArcelorMittal, considéré comme le plus gros pollueur industriel des Hauts-de-France, a rejeté pas moins de 2 930 tonnes de poussières en 2016, selon la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement). Un chiffre auquel il faut ajouter les 13,5 millions de tonnes de CO2 émises par le groupe sidérurgique dans le ciel dunkerquois, un triste record national.

    La Communauté urbaine de Dunkerque (CUD) a donc fait le choix politique d’un grand projet d’aménagement urbain destiné à favoriser les circulations douces et les transports en commun : le plan DK’Plus. Depuis les années 1970, le réseau actuel avait peu changé et dans le Dunkerquois moins de 5 % des déplacements se font aujourd’hui en bus, contre 66 % pour la voiture, selon une étude publiée en 2015. Avec une nouvelle flotte de bus aux couleurs vives, équipés progressivement du Wi-Fi, aux sièges rénovés, et aux horaires élargis en soirée chaque week-end, la CUD espère convaincre les Dunkerquois de laisser leur voiture au garage.

    Baisse des incivilités

    En attendant, les habitants ont subi pendant vingt-deux mois « l’un des plus gros chantiers des cinquante dernières années », explique Damien Carême, vice-président de la CUD et maire de Grande-Synthe. Le résultat, c’est un nouveau réseau permettant plus de fluidité grâce aux voies dédiées et aux feux prioritaires. « Avec les transports en commun, vous ne serez plus en retard au boulot ou au lycée », assure M. Carême. Surtout, les usagers vont découvrir des lignes plus simples à utiliser, davantage d’arrêts, une fréquence plus importante en zone dense avec de meilleures connexions entre les lignes… Désormais, 83 % de la population sera située à moins de 300 mètres d’un arrêt de bus.

    La gratuité proposée à titre expérimental uniquement le week-end depuis 2015 a permis de constater une hausse de fréquentation de 30 % le samedi et de 80 % le dimanche. « Et les incivilités ont chuté de 60 %, précise le président de la CUD et maire de Dunkerque Patrice Vergriete (divers gauche), balayant ainsi un préjugé sur la gratuité. Les chauffeurs disent qu’ils découvrent une nouvelle clientèle, qui dit bonjour. »

    Pour le financement, la CUD a fait des choix. Elle a abandonné, en 2014, le projet de son précédent président qui rêvait d’une nouvelle salle de sports et de spectacles de 8 000 places, estimée à 180 millions d’euros. « Cette Arena était inutile, indique M. Vergriete. Pour les travaux du DK’Plus, nous avons investi 60 millions d’euros et 5 millions d’euros pour les études. » Une somme financée par le VTA (versement transport additionnel), une taxe sur les entreprises du secteur qui avait été augmentée de 0,5 point en 2011 pour financer la fameuse Arena.

    « Cohésion sociale »

    En intégrant le manque à gagner de 4,5 millions d’euros sur les recettes de billets, le surcoût d’exploitation du nouveau réseau gratuit est de 8,9 millions d’euros, pour atteindre 42,9 millions d’euros. Ce montant est financé aux deux tiers par le VTA et le solde par le budget général de la CUD. Les élus promettent donc qu’il n’y aura pas de hausse des impôts.

    « Le coût de cette mesure est compensé par ses effets positifs, garantit le maire de Dunkerque. Cela permet de rendre du pouvoir d’achat, c’est favorable à l’environnement, c’est un enjeu de cohésion sociale, et ça rend les personnes plus mobiles. »

    Ce schéma pourrait-il être transposé à d’autres villes ? « Je ne suis pas là pour faire la leçon aux élus locaux, prévient M. Vergriete. C’est vrai que nous sommes regardés de près car beaucoup disaient que c’était impossible à réaliser dans des agglomérations de plus de 100 000 habitants. » Le maire de Dunkerque regrette que ce débat de société soit pollué par les « arguments fallacieux » avancés par d’autres collectivités, à commencer par le fait que ce qui est gratuit aurait moins de valeur. « Les arguments du débat en France sont assez minables », balaye-t-il avant d’annoncer que les 3 et 4 septembre se tiendront dans sa commune les premières rencontres des villes du transport gratuit. Parmi les tables rondes, chercheurs et maires de Tübingen (Allemagne), Tallinn (Estonie), Châteauroux ou Niort, reviendront sur les effets de la gratuité des transports en commun dans leurs villes. Les impacts environnementaux seront également abordés.

    #gratuité_des_transports #municipalité

    • @aude_v ça reste des arguments mainstream qui ne touche que les gens qui se focalisent dessus. On peut aussi poser la crédibilité de l’argument du « manque à gagner » tellement il est stupide.
      Reste que le nombre de collectivité qui mettent en place la gratuité des transports est en nette augmentation malgrès tous les argument d’arrière garde.

  • Va-t-on bientôt payer ses études en licence ?
    http://www.liberation.fr/debats/2018/05/29/va-t-on-bientot-payer-ses-etudes-en-licence_1655101

    La multiplication de cursus universitaires payants risque de renforcer la concurrence entre les écoles et les facs. Et annonce la généralisation des frais d’inscription.

    L’Ecole polytechnique a ouvert en septembre 2017 un cursus payant de « Bachelor » (nom donné à la licence dans les pays anglo-saxons) avec l’assentiment de ses ministères de tutelle. Or, ce cursus pourrait être autorisé à délivrer le grade de licence (bac + 3). Jusque-là pourtant,celui-ci était réservé aux universités. Mais les temps changent, et les logiques de mise en marché de l’enseignement supérieur se développent à grande vitesse.

    Si le niveau de ce diplôme n’est pas en cause, lui octroyer le grade de licence ouvrira la voie à des demandes similaires de toutes les écoles. Elles pourront alors concurrencer les diplômes de l’université avec des moyens souvent bien supérieurs, et d’autant plus importants que les études en question s’annoncent payantes et fort chères ! A l’Ecole polytechnique, le Bachelor est facturé entre 12 000 euros et 15 000 euros par an en même temps qu’il a bénéficié de 36 millions d’euros sur cinq ans de fonds publics pour moins de 100 étudiants par an ! Face au développement de ce « marché », tous les établissements, y compris les universités, décideront vraisemblablement de facturer leurs diplômes de licence. Ainsi, les écoles draineront l’essentiel de la manne financière car elles attirent les étudiants socialement les plus aisés et susceptibles de payer, pendant que les universités, à quelques exceptions près, se retrouveront piégées entre une population étudiante moins favorisée à laquelle on demandera de s’endetter et un désengagement de l’Etat.

    La pression pour instituer des frais d’inscription se renforce depuis des années. Il s’agit de créer un marché profitable et de rendre docile les futurs travailleurs : les diplômés endettés n’auront d’autres choix que d’accepter les emplois qui leur seront proposés et les conditions de travail qui leur seront imposées. Dans la droite ligne de la politique de flexibilisation du marché du travail, il s’agit de développer et de faire accepter une précarisation de l’emploi, un asservissement aux lois du marché et une remise en cause de l’accès de tous à l’éducation.

    On aurait tort de penser que cette interprétation est du pur mauvais esprit : les révélations de WikiLeaks ont fait fuiter une note datée du 16 novembre 2016, attribuée à Robert Gary-Bobo [professeur d’économie, ndlr], et destinée à l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. L’augmentation des frais d’inscription y est décrite comme « le nerf de la guerre », de même que le développement du crédit aux étudiants. Cette note distingue crûment « ce qui serait souhaitable » (mais indicible tel quel à la population) des éléments stratégiques et communicationnels permettant de faire passer la pilule. Il s’agit, en effet, d’atteindre des frais d’inscription allant vers les 10 000 euros par an en master (et même 20 000 euros pour les grandes écoles), sans épargner les licences. Pour faire passer une telle révolution, la note fournit les éléments de langage. Le crédit ? Un nouveau droit pour l’autonomie des jeunes, mettant « tout le monde, "fils de bourgeois" et autres, sur un pied de plus grande égalité ». Il « faut bannir du vocabulaire les mots de "concurrence" et "d’excellence", détestés par les syndicats d’enseignants et d’étudiants. Remplacer systématiquement ces mots par "ouverture" et "diversité". […]. La sélection ne signifie pas exclusion mais orientation ». La méthode ? « Y aller doucement mais commencer tout de suite avec les droits d’inscription. » Il est même suggéré de conserver des formations gratuites pour mieux les éradiquer.

    Il est évident que face à un sujet aussi sensible, le « saucissonnage » de la réforme est un moyen de faire passer cette transformation radicale de l’enseignement supérieur par étapes, en limitant la contestation étudiante : les frais ont été augmentés dans plusieurs grandes écoles publiques (3 500 euros à Centrale Supéléc, 2 600 euros à 4 600 euros à Télécom Paris-Tech ou aux Mines de Paris, 2 870 à 5 740 euros aux Ponts et Chaussées). De même, des expérimentations ont été menées à Sciences-Po et à Dauphine (les frais d’inscription en master y allant jusqu’à respectivement 24 000 et 6 160 euros). A chaque fois dans des institutions prestigieuses, donnant un accès privilégié au marché du travail, et peuplées d’une population particulièrement favorisée et peu revendicative. Cette tendance à l’augmentation des frais d’inscription s’est poursuivie avec la multiplication des diplômes d’universités (DU), non reconnus nationalement mais créant de discrètes poches de marchandisation dans le supérieur. Avec la volonté de conférer à ces diplômes les grades de licence et de master, c’est tout un système d’enseignement public et quasi gratuit que le gouvernement emmène vers un modèle marchand, payant et cher, sans tenir compte des désastreuses expériences étrangères en la matière !

    Le gouvernement doit clarifier sa position et dire s’il veut ou non remettre en cause un modèle fondé sur un accès gratuit à l’enseignement supérieur. S’il veut rassurer les (futurs) étudiants et leurs familles, le président de la République et le gouvernement ont les moyens de profiter de la réforme constitutionnelle annoncée pour y inscrire la gratuité de tous les cursus de l’enseignement supérieur public. Il en résulterait nécessairement une remise en cause des tarifs pratiqués par certains établissements (Sciences-Po, Dauphine, les écoles d’ingénieurs) et une suppression des droits demandés aux étudiants dans chaque université. Le coût demeurerait très limité mais la portée majeure. Il en va du modèle de société que nous voulons pour le pays.

    David Flacher université de technologie de Compiègne , Hugo Harari-Kermadec ENS Paris-Saclay , Léonard Moulin Institut national d’études démographiques (Ined)

    #éducation

  • Manifestation à Paris le samedi 26 mai 2018 « Marée populaire »
    https://www.crashdebug.fr/actualites-france/14901-manifestation-a-paris-le-samedi-26-mai-2018-maree-populaire

    Venez nombreux, les nouvelles mesures du gouvernement sont sur le devant de la scène, alors venez manifester votre désaprobation, avec un peut de chance il feras beau et ce serat l’occasion de faire d’une pierre deux coups, on compte sur vous.

    Amitiés,

    f.

    Pour l’égalité, la justice sociale et la solidarité

    https://paris.demosphere.eu/rv/62052

    Trajet / parcours : Départ 14h30 Gare de l’Est, en direction de Bastille Gare de l’Est > République > Bastille

    Ordre des cortèges : à préciser

    Rendez-vous particuliers :

    9h30 : Rassemblement à Provins, puis départ collectif 10h00 : Rassemblement cours Guynemer, Compiègne, (puis bus à confirmer) 12h00 : Départ collectif de Paris 19e, Place Stalingrad Bientôt, ici, sur Démosphère, d’autres rv d’organisations

    Cette page, sur (...)

    #En_vedette #Actualités_françaises

  • Paris : Hidalgo réfléchit à la gratuité des transports en commun
    https://www.lesechos.fr/politique-societe/regions/0301455572968-paris-hidalgo-reflechit-a-la-gratuite-des-transports-en-commu

    Le débat sur la gratuité des transports a été relancé en février par Berlin qui a proposé à la Commission européenne de la tester dans cinq villes allemandes, afin d’échapper à une amende sur la réglementation européenne sur la qualité de l’air. En France, le Groupement des autorités responsables de transport (GART) a identifié une vingtaine de collectivités l’ayant adopté. L’an dernier, Niort a rendu l’accès libre à ses 120.000 habitants. L’intercommunalité d’Aubagne assure avoir fait tripler le trafic de ses bus depuis 2009 grâce à cela. Compiègne le fait depuis quarante ans. Tallinn en Estonie serait la seule capitale la pratiquant, depuis 2013.
    Deux questions clefs

    Dans les villes moyennes, le financement est généralement assuré à moitié par le versement transport (VT) dont s’acquittent les entreprises de plus de 9 personnes. En Ile-de-France, les particuliers ne financent que 28 % des 10 milliards d’euros de budget d’Ile de France mobilité (ex-Stif), 60 % venant du VT. Les entreprises remboursent par ailleurs la moitié du Navigo de leurs employés.

    La gratuité pose donc deux questions clefs : comment financer les 28 % manquants ? Et à quel point inciterait-elle aussi les derniers Parisiens recourant à leur voiture intramuros à s’en passer ?

    #blabla_gratuit parce que les représentants politiques se gargarisent de la primeur d’un débat commencé il y a 50 ans … mais toujours ravis d’en reporter encore la décision

    #transports_gratuits #ratp #journalisme


  • Lumière - Alain Caillol - Cherche Midi, 2012

    Au début des années 1970, il participe à des braquages avec Jacques Mesrine et aide celui-ci, grâce à la complicité de Michel Ardouin dit « porte-avions » à s’évader avec succès du tribunal de Compiègne en dissimulant des armes dans les toilettes. #Alain_Caillol était le cerveau de l’enlèvement du baron Empain, en 1978.

    « Au lieu d’aller chercher l’argent, est-ce qu’on ne pourrait pas le faire venir à nous ? »

    Salaud... mais pas trop !
    Alain Caillol et le kidnapping. (1/3)
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/salaud-mais-pas-trop-13-alain-caillol-et-le-kidnapping


    Reportage : Pascale Pascariello
    Réalisation : Assia Khalid
    https://alaincaillol.blogspot.fr
    #grand_banditisme #kidnapping #Baron_Empain

  • Nouvelle émission de télévision
    Un quiz de culture générale
    Contre Sarkozy (mon inconscient se moque)

    Mon inconscient se moque
    Et fera moins le malin tout à l’heure
    C’est mardi c’est psy

    Je dépose Sarah à la gare
    Je dépose Zoé au collège
    Je dépose Émile à l’EMPRO

    Je retourne à la maison
    Je me fais un café, je ne me jette pas
    Sur les papiers mais sur Mon Oiseau bleu

    J’imagine qu’il y aurait une solution
    Qui consiste à parler de mes difficultés
    Du moment dans Mon Oiseau bleu

    Mais je doute beaucoup
    Que cela contribuerait
    A faire avancer les choses

    Et qui, plus tard
    Aurait envie de lire
    Ma correspondance avec la MDPH ?

    Même
    Pas
    Moi

    Même pas
    Ma conseillère
    À la MDPH, la pauvre

    N’empêche, toutes proportions mal gardées
    Les personnes qui reçoivent mes correspondances
    Ne doivent pas toutes goûter mon style d’écrivain

    Pourtant de telles correspondances
    Sont signées de mon nom, le même
    Que sur la couverture d’Une Fuite en Égypte !

    Toutes proportions mal gardées
    Je me demande comment Proust
    Traitait ses mails à la Sécurité Sociale

    À : CPAM
    De : Marcel Proust
    Re : Panne et entretien de respirateur

    À : MDPH
    De : Franz Kafka
    Re : Lit adapté à nouvelle condition

    À : CHCT
    De : Herman Melville
    Re : boreout dans l’open space

    Ne pouvant égaler
    Le jeu étincelant de McEnroe
    J’imitais très bien ses colères

    Ne pouvant pas égaler
    L’écriture admirable de Proust
    Je me rabats sur les difficultés respiratoires

    J’en étais sûr
    Mon inconscient fait un peu moins le matin
    Les mardis en début d’après-midi

    Psy : - Un peu littéral non ce rêve ?
    Ego : - Vous trouvez ?
    Psy : - Votre père n’est pas très grand non ?

    Ego : - Et le quiz ?
    Psy : - Vous voulez dire les questions ? Ego : ? Oui
    Psy : - Répondez-y ! Ego : Ah oui, pas con !

    Psy : - Et A. reparue en rêve ?
    Ego : - Pas récemment, sauf un il y a deux semaines
    Psy : - Et ? Ego : - C’est très bref

    Psy : - Dites ! Ego : - je nage au fond d’une piscine
    Je nage vers elle, je lui retire son maillot de bain
    Et je la tripote Psy : - c’est tout ?

    Ego : - Nous sommes surpris
    Je m’enfuie d’une longue apnée
    Psy : - Une apnée ?

    Ego : - Une apnée heureuse,
    Mais mes rêves d’apnées sont nombreux
    Je souffre d’apnées du sommeil

    Ego : - Mais je suis appareillé
    Donc mes rêves d’apnées
    Sont toujours des rêves heureux

    Psy : - Vous ne vous étouffez jamais en rêve ?
    Ego : - Avant plusieurs fois par nuit
    Appareillé, plus jamais

    Psy : - Qu’est-ce qu’une apnée heureuse ?
    Ego : - Des rêves dans lesquels
    Je suis Johny Weissmüller

    Psy : - Vous voulez dire Tarzan ?
    Ego : - Oui, je nage pendant des heures sous l’eau
    Comme les effets de montage dans Tarzan

    Psy : - Vous voyez toujours les ficelles ?
    Ego : - Quand elles sont aussi grosses !
    Psy : - Même enfant ?

    Ego : - Oui, déjà enfant
    Comme de remarquer que c’étaient toujours
    Les mêmes séquences remontées dans les films

    Psy : - Un exemple de film
    Ego : - L’Homme qui valait trois milliards
    Psy : - Je ne m’en souviens plus

    Ego : - Cela ferait un bon titre
    Psy : - Qu’est-ce qui ferait un bon titre
    Ego : - Je ne me souviens plus

    Psy (sourire)
    Ego : - Aujourd’hui j’ai mis longtemps
    À vous faire sourire

    Psy (sourire) : - Déjà
    Avec Johnny Weissmüller
    Ego : - C’est qu’on se donne du mal

    Psy : - Et Johny Weissmüller ?
    Ego : - Je suis Johny Weissmüller
    Chaque fois que je vais à la piscine

    Psy : - Vous nagez beaucoup ?
    Ego : - Je fais Paris-Compiègne
    Chaque année

    Et la sonnette de la personne suivante
    A sonné le coup de sifflet final
    Un score nul en somme

    Les adversaires se sont serré la main
    Est-ce qu’un jour Mc Enroe et moi
    On se fera une haie d’honneur ?

    Psy : - À la semaine prochaine
    Ego : - Je croyais que…
    Psy : - Vous avez raison, au 9 janvier

    Ego (intérieurement) :
    – Pourquoi cet acte manqué ?
    Il regrette déjà que ce soit fini ?

    Retour à la maison
    Sur l’autoradio je me passionne
    À écouter un fiscaliste !

    Tout le pouvoir
    Au fiscaliste
    Sans rire !

    J’essaye des trucs
    Je bouinnasse
    Je ne fais rien de bon

    Le technicien de mon respirateur arrive
    Homme jovial qui se marre tout le temps
    Refuse poliment le café, pas la conversation

    C’est qu’on apprend de ces trucs
    En regardant les statistiques
    D’utilisation de cette machine

    Je dors 7 heures et deux minutes
    Par nuit en moyenne
    Mes stats ressemblent à un clavier

    Cinq notes enfoncées,
    23h00 - 06H00, deux notes non jouées
    00H00 - 07H30, samedi et dimanche

    Voilà bien l’anarchiste que je suis
    Plaisantant avec les agents de police le soir
    Et dormant comme un loir

    http://www.desordre.net/musique/reich.mp3

    Un loir qui serait
    Comptable
    Ou qui jouerait du Steve Reich

    « Et un jour vous pensez
    Que cela enregistrera les rêves ? »
    Tête du technicien

    Je rejoins Émile chez l’orthophoniste
    Intelligence de la discussion
    Bienveillance et compétence, dévouement

    En sortant je propose à Emile
    D’aller boire un coup
    « Et mon goûter ? », demande-t-il

    – Pâtisserie orientale ?
    – D’accord
    Rue de Paris

    La dame nous donne un plein sac
    De fourrés aux dattes
    Pour trois fois rien

    C’est en ressortant
    Que je me souviens que son fils
    Était dans la même classe qu’Émile

    Au BDP, où j’ai mes habitudes
    On ne connaît pas mon fils
    Mais on le reconnaît

    Gratin de patates douces
    Omelette au basilic
    Calendrier de l’avent autogéré

    Lucky
    De John Carroll Lynch
    Avec (l’immense) Harry Dean Stanton

    Pas forcément un chef d’œuvre
    Mais je peux regarder HDS
    Dans n’importe quel navet

    Quelle émotion et quelle tristesse
    De se dire qu’il est effectivement mort
    Quelques temps après ce tournage

    À la fin de Lucky, il ne meurt pas
    Alors qu’il marche vers la mort
    Après Lucky, HDS, lui, est mort

    #mon_oiseau_bleu

  • Dominique Boullier : « Que visons-nous si ce n’est à capter de l’attention ? » - Le Courrier Picard
    http://www.courrier-picard.fr/82004/article/2018-01-07/dominique-boullier-que-visons-nous-si-ce-nest-capter-de-lattention
    http://cpena.rosselcdn.net/sites/default/files/dpistyles_v2/FirstImageUrl/2018/01/07/82004/3900783/public/2018/01/07/B9714307859Z.1_20180107153733_000%2BGH6AEDM46.1-0.jpg?itok=KI0h4R2x

    Chamath Palihapitiya, un ancien vice-président de Facebook en charge de la croissance de l’audience, n’est pas le premier à tirer la sonnette d’alarme. Pour lui, « les réseaux sociaux sapent les fondamentaux du comportement des gens. » Dominique Boullier, aujourd’hui chercheur à l’École polytechnique de Lausanne et spécialiste des technologies cognitive, a dirigé de 1998 à 2005 les travaux de recherches de l’équipe Costech de l’UTC de Compiègne, en lien avec les interfaces homme-machine. Il explique les changements qu’introduisent ces plateformes qui nous poussent à être sans cesse connectées.

    En quoi les réseaux sociaux transforment le tissu social en « jeu de miroir », pour reprendre votre expression ?

    Ils nous poussent à devenir les agences de pub de nous-mêmes, à toujours chercher à capter l’attention d’un public. La dimension de relation entre pairs, de transposition du réseau de copains, comme c’était le cas avec Myspace au début ou avec Cyworld en Corée (où toute la population était connectée) s’est effacée au profit de dispositifs d’édition de versions de soi. Que visons-nous dans cette publication si ce n’est à capter de l’attention (voire pour certains à générer du buzz) ? Dès lors, nous produisons l’image que nous supposons intéresser les autres pour être mieux évalués et attractifs : et les autres nous renvoient précisément leur évaluation de cette image à laquelle nous allons tendre à nous conformer. Eux-aussi agissent de la même façon et il tend à se créer des formats, des savoir-faire, des trucs pour assurer sa visibilité. Ces jeux de miroir ne font plus référence à qui que ce soit mais à un écho standard.

    Les réseaux sociaux seraient-ils un moyen pour les gestionnaires de compte de s’inventer une vie ?

    Oui un compte (qui n’est pas une personne) vit de sa propre vie et il faut lui l’inventer sans cesse. On peut donc avoir plusieurs comptes sur le même réseau social et sur plusieurs réseaux sociaux pour faire apparaître différentes facettes de soi. On apprend à gérer son image, et cela, c’est une contagion massive, qui n’est pas anodine car c’est ce qu’on demande en entreprise aussi où les marques, et l’image de marque sont devenues souvent plus importantes (au moins pour les investisseurs) que la performance technique ou commerciale traditionnelle.

    Sommes-nous en train de devenir des acteurs de notre propre vie ?

    Oui, acteurs au sens de la scène. Ce qui veut dire souvent de moins en moins acteurs au sens agissant ou ayant prise sur. Car plus nous apprenons qu’il faut plus faire savoir que savoir faire, plus nous devenons captifs de cette mise en scène. Sans oublier que cela demande beaucoup de travail, de constance, de mobilisation, pour seulement maintenir une image, une réputation. On apprend cela aussi quand dans les écoles on apprend à se vendre, à se construire un CV, à construire son réseau sur Linkedin. Car toute une génération sait désormais que ce ne sont pas ses compétences intrinsèques qui la feront reconnaître mais leur mise en scène et en réseau dans les bons formats et au bon moment (d’où le coaching, le savoir pitcher, etc. qui devient plus important que les compétences intrinsèques).

    Quels en sont les impacts au niveau sanitaire et neurologique ?

    L’impact essentiel tient à la mobilisation constante que cela suppose. J’appelle cela un régime d’alerte permanente, à travers les notifications, les réactions à nos posts, les notations, et la réactivité qui nous est demandée. Cette attention valorise l’intensité au détriment de la durée : il faut être capable de passer d’un sujet à l’autre, d’un réseau à l’autre. L’équipe Costech de l’Université de Technologie de Compiègne avait appelé cela aussi le syndrome de saturation cognitive, qui veut dire non pas un grand volume d’information mais un hachage de l’attention. De fait certains arrivent à gérer plusieurs tâches à la fois (la multiactivité) mais à un certain moment cela ne peut que détériorer certaines capacités cognitives qui sont moins entraînées, notamment celles qui mobilisent le cerveau 2 comme le dit Kahneman, celui qui réfléchit et non celui qui réagit (cerveau 1). De plus, ce stress, peut passer d’un effet d’excitation (sensation d’être partout à la fois, d’être au cœur de la vibration du monde) à un effet dépressif d’incapacité à suivre le rythme, voire de sentiment de perte de sens, ce qui se traduit par des abandons des réseaux sociaux, de plus en plus fréquents.

    Vous dites que de plus en plus de gens quittent les réseaux sociaux… existe-t-il un burnout des réseaux sociaux ?

    Il faut bien comprendre que la spirale de l’alerte, de la promotion de soi est épuisante car il n’existe pas d’indicateur fiable pour se réguler. Les plates-formes vous encouragent toujours plus à être réactifs, à commenter, à retwitter (avec un bouton qui a été inventé en 2011 et qui a accéléré le phénomène de façon immédiate), à faire des amis, à réagir, etc. Quand on n’apprend pas à se réguler et qu’on n’y est pas incité, on tend à fonctionner en tout ou rien comme les grands addicts (pas une goutte d’alcool, pas un joint, etc.). Il est donc nécessaire de proposer des architectures de choix, qui permettent de réguler nos propres tendances ou celles qu’on nous suscite, avec des rythmes ou des méthodes pour faire baisser le stress, et retrouver goût aux autres dimensions de la vie. Sans pour autant tout couper.

    Propos recueillis par Anne Kanaan

    #Médias_sociaux #Dominique_Boullier #Economie_attention #Pratiques_sociales #Epuisement

  • #DRM l’overdose - conf de Marie Duponchelle et Magali Garnero le 22 novembre 2017 à Compiègne
    https://www.april.org/drm-l-overdose-conf-de-marie-duponchelle-et-magali-garnero-le-22-novembre-201

    Début : 22 Novembre 2017 - 19:00Fin : 22 Novembre 2017 - 21:00

    Les technologies DRM sont des verrous numériques qui essayent de contrôler ce qu’on peut faire ou pas avec les contenus multimédias et le matériel informatique qu’on a acheté.

    Vous ne pouvez pas lire un ebook Amazon sur la liseuse de votre choix ? C’est du DRM

    Vous ne pouvez pas jouer au jeu que vous avez acheté parce que les « serveurs d’authentification » de l’éditeur sont hors ligne ? C’est du DRM

    Vous ne pouvez pas copier le contenu d’un DVD ou Blu-Ray pour le voir sur votre smartphone ? C’est du DRM

    (exemples extraits de eff.org) La conférence sera présentée par Marie Duponchelle (Avocate au Barreau de Compiègne) et Magali Garnero alias Bookynette (membre de l’April et (...)

  • #DRM l’overdose - conf de Marie Duponchelle et Magali Garnero le 21 novembre à Compiègne
    https://www.april.org/drm-l-overdose-conf-de-marie-duponchelle-et-magali-garnero-le-21-novembre-com

    Début : 22 Novembre 2017 - 19:00Fin : 22 Novembre 2017 - 21:00

    Les technologies DRM sont des verrous numériques qui essayent de contrôler ce qu’on peut faire ou pas avec les contenus multimédias et le matériel informatique qu’on a acheté.

    Vous ne pouvez pas lire un ebook Amazon sur la liseuse de votre choix ? C’est du DRM

    Vous ne pouvez pas jouer au jeu que vous avez acheté parce que les « serveurs d’authentification » de l’éditeur sont hors ligne ? C’est du DRM

    Vous ne pouvez pas copier le contenu d’un DVD ou Blu-Ray pour le voir sur votre smartphone ? C’est du DRM

    (exemples extraits de eff.org) La conférence sera présentée par Marie Duponchelle (Avocate au Barreau de Compiègne) et Magali Garnero alias Bookynette (membre de l’April et (...)

  • Oise : l’auteur de la fusillade à Noyon était un policier, qui a tué sa femme et ses deux enfants
    http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/09/10/oise-une-famille-de-quatre-personnes-dont-deux-enfants-tuee-par-balle-a-noyo

    Le triple assassin

    « n’aurait pas supporté l’annonce par son épouse de son intention de le quitter », a fait savoir la procureure de Compiègne.

    #féminicide #infanticide #domination_masculine #police

  • Pôle emploi : l’art de booster votre bullshit | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/146121/chomeur-solaire-pole-emploi

    L’autre jour, sur la page Facebook de Pôle emploi Compiègne Margny, a été publié une chose intitulée « La journée type d’un demandeur d’emploi efficace ». Il y a fort à parier que ceci n’a pas été produit en interne par Pôle emploi. En général, ces fiches-conseils sont rédigées par des agences de com’, et les conseillers Pôle emploi sont les premiers à hausser les épaules en les lisant. Mais cette fiche-là atteint des sommets. Elle mériterait de figurer dans un livre scolaire d’histoire, quand les élèves étudieront notre époque.

    #emploi #chômage #méthodologie (de la culpabilisation)

  • « La journée type d’un chômeur-winner merci pole_emploi Compiègne Margny », via @VictorBaton
    https://twitter.com/VictorBaton/status/867121476289343488

    Notez que pour être un bon chômeur-winner il vous faut un balcon.

    Et @pole_emploi si chercher un emploi est un ’taff’ à plein temps pourquoi la moitié des chômeurs ne sont pas indemnisés ?

    Au-delà de son aspect le + caricatural, ce visuel est une parfaite illustration de l’idéologie de « l’activation » des demandeurs d’emploi...

    #bob_emploi :
    http://m.jactiv.ouest-france.fr/actualites/economie/24-ans-paul-duan-lance-appli-pour-reduire-chomage-france-69822

    #chômeurs #dressage #précarité #policemploi

    https://seenthis.net/messages/574597
    https://seenthis.net/messages/547145

  • « Mon voisin vote Front national », par Willy Pelletier (Le Monde diplomatique, janvier 2017)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2017/01/PELLETIER/56999


    Je connais le coin, c’est là qu’est né mon père, son père, le père du père de son père, etc.
    Après, des coins comme ça, il y en a plein. Comme dans mon bled, en Gascogne, mais aussi quand nous sommes allés, il y a 15 jours dans une ville coincée entre les Pays de la Loire et la Normandie : vitrines en berne, infrastructures en lente dégradation, des restos qui font cantoches et où même les petits patrons vont se rencontrer.
    Quand ils parlent de redémarrage économique, à la TV, tu as l’impression qu’ils ont demandé à l’INSEE de ne plus compter les périphéries, seulement les centres métropoles et leur banlieue à bureaux… enfin, là où ils sont loués…

    Quant aux antagonismes exacerbés par le cirque présidentiel, ça m’a frappée. Et puis, en réparant mon blog, je me suis tapée les vieux articles et j’ai vu que c’était la même chose à chaque élection, à croire qu’elles ne servent qu’à ça, à bien nous éparpiller…
    Merci à @aude_v pour son signalement https://seenthis.net/messages/594804#message595046

    Une fin d’après-midi dans sa serre, l’air s’était alourdi sur la fertilité grasse du sol — mais nous avions enquillé les verres —, Éric me dit : « Tu répètes pas à Anissa, vu que t’es parisien, elle veut pas qu’on te dise, j’ai voté Marine, moi, deux fois… Quand je l’entends, elle me fout les poils cette femme… Je sais pas, c’est comme elle parle des Français, t’es fier… Le parti à la Marine, dans le coin, je connais des gens qu’il a bien aidés… J’étais près de payer ma cotise et tout, mais j’ai arrêté, même de voter… On a été fâchés un an pour ça avec Thierry et Marie-Paule… Elle, c’est une rouge, elle bosse au collège, à la cantine… Moi j’étais pas fâché, c’est une connerie… Ils voulaient plus nous voir. Toi, tu te fâcherais pour ça ? Tu trouves que c’est grave, toi ? »

    Je n’ai pas répondu, j’étais ivre, et dans la senteur âcre, profonde, des verdures de la serre, j’étouffais. Je n’ai pas trouvé ça grave non plus. Peut-être parce que mon existence s’était resserrée autour de ce hameau isolé ? Peut-être parce que, depuis trois ans, des militants, je n’en vois plus autant ? De « 100 % militant », je suis devenu « militant en retrait », moins pris par les groupes auxquels j’ai donné tant. Peut-être parce qu’avec la reconnaissance dans le milieu restreint où ma vie militante est « validée », je n’ai plus à prouver que je suis un militant modèle ? Peut-être parce qu’Éric est une de ces personnes qu’on quitte en étant de meilleure humeur ?

    À chaque aller-retour à Leclerc ou Carrefour, je croise des gens sans le sou, abandonnés. Alentour, des routes au goudron troué, des départementales parfois fermées… Dans les bourgs traversés, il n’y a plus ni bureau de poste, ni médecins, ni infirmières, ni pharmacie, quasiment plus de bistrots, pas d’accès Internet, mais des magasins clos et parfois, aux fenêtres, des drapeaux bleu, blanc, rouge. Des classes de primaire et des églises ferment. Les associations de sport mettent la clé sous la porte. Les sociétés de chasse et les majorettes se renouvellent mal. Le volume des impayés EDF (5) explose. Les jeunes s’enfuient dès qu’ils peuvent. Les dénonciations de voisins au centre des impôts augmentent, les violences intrafamiliales et les « dragues » des filles à la limite de l’agression aussi. Pas d’emplois. Dans chaque village, des maisons anciennes et détériorées, en vente. À Noyon, Chauny, Compiègne, Soissons, hiver après hiver, des trains sont supprimés. Dans la campagne, les cars circulent de moins en moins.
    Les lieux de rencontre se disloquent

    Et puis, à l’entrée des bourgs, des panneaux jaune vif, un œil (iris bleu ciel) au centre, avec l’avertissement « Voisins vigilants » (les cambriolages sont pourtant exceptionnels). Ici, tout se dégrade continuellement depuis vingt ans. Ce ne sont pas seulement les lieux de rencontre qui se disloquent (faute de gens pour s’en occuper) ; les moyens d’y accéder disparaissent eux aussi : les routes, l’argent, les réseaux d’accès. Les communes entre Chauny, Soissons, Noyon, Vic (sauf rares ghettos de riches) sont quasi ruinées. Les anciens sont trop pauvres pour secourir leurs enfants, et les enfants sont trop pauvres pour secourir leurs parents. C’est dans ce contexte que le FN réalise des scores élevés (6).

    • Dés qu’il s’agit d’électeurs du FN c’est de suite la descente dans une certaine France profonde et cerise sur le gâteau Anissa qui vient du Maroc. Tous les poncifs électoraux sont défoncés. Que serait l’analyse trumpiste sans un ou deux rednecks ?
      Je trouve ca toujours un peu débectant.
      Et mon voisin cadre qui a fait des études, qui vit bien ça vie je peux lui en balancer une ?
      Je ne dis pas que l’article est sans qualités, mais c’est tout à fait l’exemple de pourquoi je ne lis plus le diplo.

    • Lui parle de ce qu’il connait… dans d’autres classes sociales, on sait tenir sa langue et se serre les coudes, mais oui, j’en connais à tous étages et pour des tas de motifs différents.
      Le racisme bourgeois passe d’autant mieux qu’il se fait feutré et pontifiant, qu’il est souvent à mille lieux de Dupont Lajoie auquel on pense toujours !

    • Je ne sais plus si c’est un texte de Baldwin ou de Zinn qui centre l’image raciste du petit blanc et qui déroule tout autour la litanie des lois ségrégatives et violentes votées par
      le gouvernement américain et les élites politiques et économiques de chaque état.
      Lu sur twitt : Ce n’est pas que les francais ne soient pas racistes, homophobes et sexistes mais c’est qu’ils ne l’assument pas dans le vote.
      Tout le monde crie au fascisme mais le racisme passe à la trappe, ce n’est plus une donnée repoussoir.
      Ce n’est pas débectant quant à l’auteur mais ca l’est quant au diplo.

    • Oui et non, on a vu avec les chiffres, les analyses démographiques, par exemple dans l’émission avec Emmanuel Todd, que oui, il y a bien des cadres, des riches, qui votent FN, mais pas tant que ça. Par rapport à d’autres partis, c’est très faible, et par rapport à leur électorat ouvriers+employés c’est faible aussi. Donc, bah si, ya bien raison de parler de ce gros morceau de leur électorat.